Pourquoi La Femme n'échappera pas à son destin, devenir un groupe grand public

MUSIQUE Le groupe français devrait élargir son audience par la grâce d’un deuxième album annoncé comme l’une des sensations de l’automne…

Benjamin Chapon

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Le groupe La Femme au festival Rock en Seine, le 27 août 2016
Le groupe La Femme au festival Rock en Seine, le 27 août 2016 — SADAKA EDMOND/SIPA

Avec, Mystère, un deuxième album toujours aussi fou mais plus orienté vers la chanson française, La Femme pourrait devenir la grosse sensation de l’automne. Déjà adulé par une frange du public certes réduite, mais sûre de ses goûts, La Femme a tout pour devenir (à son corps défendant ?) un groupe grand public. En parallèle de leur tournée, ils feront la première partie des concerts européens des Red Hot Chili Peppers. Ajoutez à cela une science du clip, et de l’image en général, bien affûtée et le soutien logistique de Barclay, maison de disques archi-sérieuse, et vous obtenez la recette rêvée pour un décollage des ventes. D’ailleurs, Marlon, chanteur du groupe, ne cache pas les ambitions de La Femme comme il l’explique à Paulette : « Cet album, pour nous, c’est l’événement de l’année. Ça représente deux années de travail, c’est notre deuxième album, c’est une étape importante dans la vie du groupe. »

Il y a deux ans, un peu à la surprise générale, la France (presque) tout entière avait succombé à une autre artiste branchée : Christine & the Queens. Sans remonter jusqu’à la Traviata de Verdi ou au Boléro de Ravel, l’histoire de la musique populaire regorge de succès inattendus. Ou plus précisément de succès de groupes pas programmés pour rencontrer le très grand public. Les moins de 30 ans peuvent-ils croire qu’en 1998, durant quelques semaines, il a été cool d’écouter Louise Attaque ? Plus ou moins dans les mêmes années, les festivaliers exigeants de la Route du Rock à Saint-Malo applaudissaient Muse. Aujourd’hui, affirmer à voix haute son amour pour ces deux groupes vous classe immédiatement dans la catégorie des gens qui se préoccupent assez peu d’avant-garde musicale.

Philippe Katerine n’est pas Kendji Girac

De nombreux groupes dits « indés » affirmeront, dans un même élan de sincérité, ne pas chercher à tout prix le succès mais espérer, bien sûr, toucher le plus large public. De nombreux artistes ont, à un moment de leur carrière opéré un virage artistique pour faire une musique plus directe, plus facile à écouter et à diffuser en radio.

Lors de la sortie de son dixième album Eleor, Dominique A expliquait à 20Minutes que la tentation est parfois grande « d’adoucir ses intentions artistiques pour séduire un plus grand nombre. C’est, à mon avis, une mauvaise décision. Un artiste doit rester fidèle à ses envies musicales pour garder l’envie. Le métier est parfois un peu dur, il faut beaucoup d’énergie, même quand on a du succès. Alors si on ne croit pas à 100 % dans les chansons qu’on propose, c’est un coup à devenir fou. » Dominique A se souvient de l’énorme succès que son ami Philippe Katerine avait obtenu avec son tube Louxor j’adore. « Ce genre de succès, c’est imprévisible. Derrière, il n’a rien changé à sa musique, ni par la suite d’ailleurs. Il a gardé son cap, ses désirs. Peu importe si 90 % du public qui a dansé sur Louxor j’adore, n’a pas suivi. »

La Femme n’est pas Jenifer

On a vu, à l’inverse, des artistes populaires tenter un tournant arty, par conviction esthétique sans doute, mais parfois perçu comme une tentative de gagner une légitimité artistique. Jenifer avec l’album Appelle-moi Jen ou Alizée avec Une enfant du siècle ont réalisé des ventes décevantes. « Je dois sans cesse faire l’aller-retour entre ce que je veux moi en tant qu’artiste qui aime et écoute toutes sortes de musique et ce que mon public attend de moi, nous expliquait Jenifer. C’est à la fois une chance et un souci d’avoir des comptes à rendre au public. Je rêve de faire un album jazz, mais… »

La Femme n’est clairement dans aucune de ces catégories et un succès grand public ne lui apporterait que des avantages : plus de ventes, plus de concerts, et donc plus de liberté pour concevoir le troisième album. Les seuls qui auraient quelque chose à craindre sont les snobs préférant garder pour eux un groupe plutôt que de le partager avec le plus grand nombre. Par exemple, ceux qui se trouvaient tellement branchés en 1998 à écouter Louise Attaque et Muse.