Les cinq bruits de Jacques

USTENSILE Le jeune artiste français sera en concert au festival We Love Green le 5 juin…

Constance Daulon

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Jacques a sorti son 1er EP en mars 2015.
Jacques a sorti son 1er EP en mars 2015. — Alexandre Claass

Tout est magnifique. C’est le titre de son premier EP sorti il y a un plus d’un an sur le label Pain Surprises. Avec cette ode aux objets du quotidien dont il collecte les bruits, entre autres, sur Freesound, difficile de ne pas remarquer Jacques. Ces choses de la vie, il les transforme en une techno « transversale ».

Si on ne lui a pas parlé de sa coupe de cheveux de moine inversée qui a déjà beaucoup fait parler d’elle, on a demandé à ce jeune homme de 24 ans de nous raconter ce qu’évoquaient cinq bruits. A la Cigale où il jouera quelques heures plus tard pour accompagner Flavien Berger, ce Strasbourgeois dégage une certaine indépendance.

Le bruit d’une chaise d’amphi de fac qui grince

« Tu sais que je ne suis jamais allé à la fac ? [Jacques nous fait alors directement écouter un ‘concerto’ de chaises qui ressemble à un ensemble de cuivres.] Je suis allé à l’Ecole normale supérieure (ENS) pour une conférence sur comment détruire le système, c’était assez sympa. C’est ma seule expérience dans les études supérieures. Et je me suis rendu pour la première fois à la fac comme intervenant à Lille pour parler de la relation entre un artiste et ses interlocuteurs et donner ma vision d’une carrière artistique. Je ne regrette pas par principe donc je ne regrette pas de ne pas avoir fait d’études. Il y a plein de gens pour qui c’est bien mais je ne voulais pas entrer dans un mode de vie mimétique. Je souhaitais prendre le temps de trouver ce dont j’avais envie. D’une certaine manière, je ne voulais pas être influencé. Si tu rentres là-dedans, tu t’engages souvent sans comprendre, ce qui entraîne une certaine passivité. Quand tu fais mon choix, les autres y voient une facilité alors que je faisais plein de choses de mes journées. »

Le bruit des tapis de sol qu’on pose

« Ca me fait penser à l’ashram Sri Ramana Tiruvannamalai dans le sud de l’Inde. J’y étais en voyage et le matin, soit entre 4 et 6 heures, ils préparaient le petit-déjeuner. Après avoir installé des feuilles de bananier, ils y disposaient des gobelets en métal. Ca faisait plein de bruits cool. [Il nous fait écouter.] Je n’ai jamais fait de gym ou de yoga même si ma mère l’enseigne. Je fais de la méditation de manière constante. On peut dire que c’est une quête de développement personnel consciente. J’ai fait un stage de méditation Vipassanna en Suisse, c’était une forte expérience. »

Le bruit d’une guitare qui se casse

« C’est le jour où j’ai dû scier une guitare en deux pour le court-métrage d’Eduardo Carretié, La fille du bunker. On a fait la bande originale avec Flavien [Berger]. Dans ce film, les arbres font de la musique. Le père veut les couper car ils font trop de bruit. On a donc coupé une guitare pour imiter le son. C’était cool et assez rigolo. J’ai commencé par apprendre le piano quand j’étais enfant, puis la guitare, la basse, un peu de batterie et ensuite la musique par ordinateur avec Ableton [logiciel de composition de musique]. Si je devais partir sur île déserte, je prendrais un ordi et une guitare. J’en ai beaucoup joué dès mes 14 ans avec un groupe, les Rural Serial Killers. Ca s’est terminé il y a peu. Je suis désormais en solo et j’en suis content. Je ne fais pas tellement de la musique pour le partage que pour m’introspecter, exprimer des idées. La scène, c’est l’expression de soi, un moment d’intimité et une fusion avec le public. Il n’y a plus de dualité, on s’oublie. »

Le bruit d’un mur de squat qu’on grimpe

« Il ne doit pas être fort déjà. Ca m’évoque les fois où on force les portes, c’est facile depuis l’intérieur mais impossible de l’extérieur. Ce n’est pas une infraction car on ne détruit rien. Souvent, ce sont déjà des squats. On les nettoie, on fait en sorte qu’ils soient habitables et qu’il y ai un projet de solidarité de quartier. Avec l’équipe, on se dit qu’il faut qu’on en ait toujours deux d’ouverts. J’ai décidé d’y vivre quand je suis arrivé à Paris. Je trouvais plus facile de ne pas gagner d’argent et de ne pas en dépenser. Ca libère du temps et ça permet de se débrouiller. Je préfère ça que travailler pour quelqu’un avec qui je ne partage rien. Depuis que je vis ainsi, je suis vachement bien. Je ne dis pas que c’est un modèle à suivre car si tout le monde le faisait, le système s’écroulerait. Et je ne suis pas revendicatif non plus. Je suis à la cool. »

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Le bruit d’un extincteur de la Maison de la radio

« C’est le son du futur, des projets. Un mec de Radio France m’a envoyé différents sons captés dans la Maison de la radio pour en faire un morceau. Ca s’appelle Dans la radio et ça sort le 8 juin. Il va y avoir aussi plein de concerts. Et le projet de Programmation de musique de recherche transversale à partir de septembre. Ce sont des réunions où chacun peut composer à partir de samples. On travaille sur des morceaux avec des thèmes comme « Ordre et désordre ». Ils seront ensuite disponibles sur Internet. Ca permet de présenter la musique des autres personnes autour de moi. »