VIDEO. Préparez vos oreilles: L'entêtant « Boléro » de Ravel entre dans le domaine public

MUSIQUE Le célébrissime morceau devient accessible à tous à partir du 30 avril. Ce qui change et ce qui ne change pas…

Benjamin Chapon

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Les ravissants Ballroom Bunnies vont pouvoir danser le Boléro sans avoir à payer de droits d'auteur.
Les ravissants Ballroom Bunnies vont pouvoir danser le Boléro sans avoir à payer de droits d'auteur. — www.maverickartsclub.co/REX/SIPA

Le fameux ostinato, répété 162 fois, qui sert de fond rythmique au Boléro de Ravel risque bien de vous marteler le crâne dans les mois à venir. Le 30 avril 2016, le morceau est entré dans le domaine public en France. Qu’est-ce que ça change ? Vous le saurez en lisant cet article où 20 Minutes distingue le vrai du faux.

L’histoire de la succession de Ravel a inspiré les scénaristes de Plus belle la vie et Desperate Housewives

Faux. Du moins à notre connaissance. Mais les gazettes adorent raconter cette histoire de gros sous, de coucheries, de maîtresses et d’enfants cachés. Alors on ne rentre pas dans les détails, vous pourrez lire tout ça un peu partout ailleurs.

Tous les orchestres du monde vont mettre le Boléro à leur programme

Faux. « Les orchestres ont l’habitude de payer des droits d’auteur, ce n’est pas un frein pour eux, ils ne vont donc pas se mettre àjouer Ravel à tout bout de champ sous prétexte que le Boléro entre dans le domaine public, analyse Laurent Petitgirard, chef d’orchestre et président de la Sacem. D’ailleurs, ils le jouent déjà énormément. »

On va vous vendre du thon en boîte, des montres connectées et des assurances obsèques

Vrai. La mélodie au lent crescendo en ut majeur risque fort d’envahir les publicités. « Je me souviens avoir orchestré la fameuse publicité des AGF qui utilisait le Boléro, raconte Laurent Petitgirard. Cette campagne a eu un immense impact mais alors les droits, ça a dû coûter une petite fortune… D’habitude, les publicités sont conçues avec une musique célèbre, mais quand les ayants droit sont trop gourmands, les annonceurs commandent une musique « à la manière de » à un compositeur.

La Sacem va être ruinée en deux mois

Faux. « En droits, le Boléro n’est plus ce qu’il a été parce qu’il est déjà dans le domaine public dans de nombreux pays, précise Louis Diringer, directeur des sociétaires Sacem. En 2015, il avait même quitté le Top 100 à l’export. » Ensuite, pour son fonctionnement, la Sacem garde 16,9 % des droits d’auteur qu’elle perçoit. Sur les 850 millions d’euros récoltés l’an dernier, les droits liés au Boléro représentent une infime part.

On va pouvoir jouer l’intégrale de Ravel sans payer de droits d’auteur

Faux. Désolé, mais tout Ravel, c’est non. La faute à la règle sur la prorogation des années de guerre. Pour faire simple, on considère que les auteurs et leurs œuvres ont souffert des deux guerres mondiales. On soustrait donc les années 1914 à 1918 et 1939 à 1945, ainsi que deux ans après chaque armistice. Seules entrent dans le domaine public les œuvres publiées à partir de 1921. Pour Daphnis et Chloé, par exemple, il faudra attendre 2024.

Je peux passer le Boléro dans mon bar, c’est gratos.

Faux. Toujours pas, désolé. Parce qu’il n’y a pas que les droits d’auteur dans la vie,il y a aussi les droits voisins… Les interprètes du disque que vous voulez passer, eh bien, il faut les payer aussi. Par ailleurs, les arrangements du Boléro sont toujours protégés. « Si demain, quelqu’un dépose à la Sacem un Boléro pour quatre cornemuses et une caisse claire, il sera protégé par le droit d’auteur », précise Laurent Petitgirard.

Le Boléro peut encore changer votre vie

Vrai. Premier tube mondial de la musique moderne, œuvre unique en son genre, décriée, analysée sous toutes les coutures, le Boléro est le prototype du morceau « bigger than life » dont la mythologie importe autant que la mélodie elle-même. Laurent Petitgirard y voit « l’expression absolue du génie français. » Rien de moins. Même s’il s’agit de l’un des airs les plus célèbres au monde, il n’est jamais trop tard pour le (re)découvrir. Si possible dans des conditions de concert, et pas dans une pub pour du thon en boîte.