Album hommage à Daniel Balavoine: Des reprises pour le meilleur et le pire

MUSIQUE « 20 Minutes » a écouté l’album « Balavoine(s) » paru à l’occasion de la commémoration des trente ans de la disparition du chanteur. Verdict…

Fabien Randanne

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La pochette de l'album de reprises «Balavoine(s)», Florent Pagny, Emmanuel Moire, Féfé et Marina Kaye.
La pochette de l'album de reprises «Balavoine(s)», Florent Pagny, Emmanuel Moire, Féfé et Marina Kaye. — Capitol - Valery Hache – François Guillot – Dave Kotinsky - Getty Images North America - AFP

Ça fait trente ans qu’il est parti, maintenant… Le 14 janvier 1986, Daniel Balavoine disparaissait dans un accident d’hélicoptère alors qu’il était en mission humanitaire au Mali, laissant derrière lui des tubes tels que Mon fils ma bataille, Sauver l’amour ou L’Aziza… Ce sont ces succès – ainsi que quelques titres méconnus – qui se retrouvent sur l’album hommage Balavoine(s), paru chez Capitol. Zaz, Jenifer, Ours ou encore Shy’m livrent leurs versions des chansons qui se laissent fredonner sans que le temps n’ait de prise sur elles. 20 Minutes passe au crible cinq de ces « relectures » plus ou moins réussies.

  • « La Vie ne m’apprend rien » par Florent Pagny


La chanson : La Vie ne m’apprend rien est sorti en single au début des années 1980 en version live pour promouvoir l’album Un autre monde. Si Mon fils ma bataille et Je ne suis pas un héros qui figurent sur cet opus sont immédiatement devenus des classiques de la chanson française, il a fallu attendre que Liane Foly reprenne le morceau en 1999 pour qu’il devienne un tube.


La reprise : Florent Pagny ne parvient pas à faire oublier la version de Liane Foly bien incrustée dans nos mémoires et à laquelle on ne peut s’empêcher de penser. Le chanteur a démarré sa carrière musicale, un an après la disparition de Balavoine, avec N’importe quoi, une chanson contre la drogue. Contrairement à l’interprète de Mon fils ma bataille, sa discographie n’est que peu inspirée par les sujets de société, d’ailleurs, dès le milieu des années 1990, il a cessé d’écrire les textes de ses propres chansons. On se demande d’ailleurs se qu’aurait pensé Daniel Balavoine de la Liberté de penser chantée avec succès par Pagny en 2003, sans doute la chanson aux paroles les plus balavoinesques de son répertoire.

  • « Le Chanteur » par Emmanuel Moire


La chanson : « Les nouvelles de l’école diront que j’suis pédé, que mes yeux puent l’alcool, que j’f’rais bien d’arrêter. » Si Le Chanteur associant, au détour d’un couplet, homosexualité et alcoolisme dans un même élan péjoratif sortait aujourd’hui, il n’est pas dit que la chanson deviendrait un tube et ces quelques mots susciteraient peut-être la polémique. Mais, en 1978, l’homosexualité n’était pas encore officiellement dépénalisée en France – elle le sera en 1982 – et ce morceau s’est écoulé à plus d’un million d’exemplaires. Le premier succès – hors Starmania – de Balavoine.


La reprise : Emmanuel Moire, né un an après la sortie du Chanteur, reprend la chanson dans une version moins punchy, mais tout en conservant la progression crescendo du morceau. Les « nouvelles de l’école » pourront dire ce qu’elles veulent, Emmanuel Moire est ouvertement gay. « Aujourd’­hui, je suis un des rares artistes en France qui assume pleinement son homosexualité », rappelait-il à Gala en septembre. Et d’ajouter : « Je m’adresse à tout le monde et pas seulement à une communauté. » Balavoine aussi visait l’universalité.

  • « L’Aziza » par Féfé

La chanson : Daniel Balavoine a écrit L’Aziza en 1985, entre autres en réaction à la montée du Front national en France. La chanson est devenue la « chérie » des Français dès sa sortie en octobre. Lorsque, trois mois plus tard, Daniel Balavoine disparaît, elle arrive à la tête du Top 50 et y restera deux mois.

La reprise : La version reggae était-elle nécessaire ? Pierpoljak s’était déjà essayé à l’exercice avec Mon fils, ma bataille, sans grand succès. Cette Aziza à la sauce Féfé sonne comme un pseudo-tube de l’été peu inspiré, le rythme ayant tendance à détourner l’attention du texte. Il n’empêche que Féfé est un fils spirituel de Balavoine. Le rappeur est chanteur est clairement engagé contre le racisme et, même s’il est moins connu du grand public que son aîné, il porte un mélange de tolérance et d’ouverture. En septembre, il a pris part, à Paris, au Concert de la fraternité en faveur des réfugiés.
 

  • « Lucie » par Christophe

La chanson : Lucie est le deuxième extrait du Chanteur, le troisième opus de Balavoine. Ce morceau est méconnu du grand public alors que la face B du 45 tours, SOS d’un Terrien en détresse, qu’interprétait l’artiste dans Starmania a traversé les décennies.

La reprise : La chanson a été à peine réorchestrée et la mélodie est inchangée et pourtant, en découvrant le morceau, on a l’impression qu’il sort du répertoire original de Christophe. Ce titre est un écrin à la voix élégiaque du chanteur vétéran de cet album hommage. Christophe et Balavoine, que sept années séparaient, ont en commun d’avoir su faire le grand écart entre la variété et une approche plus expérimentale de la musique. Daniel Balavoine était fasciné par la musique électro dont il a connu les balbutiements. Christophe, lui, a aussi bien déconcerté le grand public avec Le Beau Bizarre que composé la musique du tube de Corinne Charby, Boule de flipper.

  • « Only The Very Best » par Marina Kaye

La chanson : Only The Very Best (« Seulement le Meilleur ») est l’adaptation anglophone de SOS d’un terrien en détresse composé par le duo Plamondon – Berger pour Starmania. La version anglaise a été interpétée par Peter Kingsbery, du groupe Cock Robin, au début des années 1990 et a rencontré un grand succès.

La reprise : Rendre hommage à un artiste avec une chanson qu’il n’a jamais interprétée, c’est assez original. Car Daniel Balavoine n’est jamais parti sur les aigus en entonnant « This is too high a price to pay. Now they’ve taken you away » et pour cause : il n’a jamais eu connaissance de cette version en anglais, parue plusieurs années après sa mort. Qu’importe, Marina Kaye ne cesse de le clamer, même si certains lui reprochent : « J’ai toujours chanté en anglais. (…) Je préfère, je suis plus à l’aise comme ça ». Le véritable hommage, la jeune chanteuse de 17 ans, qui a produit elle-même sa reprise, le rend en interview « J’ai découvert Tous les cris les SOS quand j’avais 5 ans. Je me suis enfermée dans ma chambre et j’ai chanté avec lui. Ça m’a fait découvrir que je savais chanter », a-t-elle expliqué au micro de RFM. La preuve que Balavoine continue de toucher toutes les générations.