«Interstellaires»: On a écouté le dernier album de Mylène Farmer

MUSIQUE «20 Minutes» passe cinq chansons au crible en duo…

Clio Weickert et Fabien Randanne

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Capture d'écran du spot promotionnel du dixième album studio de Mylène Farmer, «Interstellaires».
Capture d'écran du spot promotionnel du dixième album studio de Mylène Farmer, «Interstellaires». — Ralph Wenig - Universal

Le dixième album studio de Mylène Farmer, Interstellaires, est sorti ce vendredi. Le premier extrait est Stolen Car, un duo avec Sting. C’est justement en duo que nous avons choisi de nous pencher sur cinq autres chansons de cet album. Entre une non-fan mais qui « aime bien quand même les trucs kitschs » et un fan « un peu moins fan qu’avant » mais qui a « toujours une grande tendresse » pour Mylène Farmer, les voix sont souvent discordantes.

  • Piste 4 : « C’est pas moi »

La non-fan : Une chanson dans laquelle on apprend que Mylène est « comme un crayon sans mine : un bout de bois ». Très bien. Et aussi que la vie sans sexe et sans danger, ça vaut rien pour elle. Pas le scoop du siècle : à force de clamer haut et fort « Je, je suis libertine, je suis une catin », le message est passé. Sinon, musicalement, un petit air des 80’s, des phrases planantes qui se traînent façon Desireless dans Voyage Voyage.

Le fan : C’est l’un de mes titres préférés de l’album, avec son petit côté funk. La comparaison avec Desireless me semble tirée par les cheveux. En revanche, l’anticonformisme revendiqué est effectivement une constante dans l’univers farmerien. « Dans ce monde qui n’a ni queue ni tête, je n’en fais qu’à ma tête », chantait-elle déjà à l’époque de Sans Contrefaçon. Quelques années plus tard, dans Je t’aime mélancolie, elle assenait : « Une sauvage née vaut bien d’être estimée, après tout elle fait souvent la nique, aux "trop bien" cultivés. Et toc ! » Et toc !

  • Piste 7 : « Pas d’access »

La non-fan : Les Daft Punk auraient-ils bossé avec Mylène Farmer ? Petite mélodie robotique, des petits zigouigouis dans tous les sens, ça sent la collab’ secrète avec nos deux petits frenchies à plein nez. Et en même temps, pourquoi pas ? Sinon, ça se laisse écouter mais elle est beaucoup moins envoûtante qu’Un jour ou l’autre (voir plus bas).

Le fan : Sur le plan strictement sémantique, ce titre rejoint Optimistique moi, Sextonic et Monkey Me dans la liste des intitulés « gênants ». « Pas d’access » Qui parle comme ça en dehors des animateurs qui se voient refuser la case précédant le prime-time pour leur émission ? Plus sérieusement, la mélodie ne doit rien aux Français casqués puisqu’elle a été co-composée par Mylène Farmer et Martin Kierszenbaum, qui a également œuvré sur huit autres titres d’Interstellaires. Mention spéciale au cri de rapace qui clôt le morceau.

  • Piste 8 : « I want you to want me »

La non-fan : « Je veux que tu me désires » Mylène tout en douceur et en délicatesse. Si on met de côté l’accent assez approximatif de l’artiste, le titre est plutôt sympa, on verrait bien un bel elfe lumineux chantonner ça dans la forêt de Brocéliande. Et on s’imagine très bien l’entonner en fin de soirée, un verre de rouge de trop, la larme à l’œil et le regard perdu dans le vide, complètement possédé par cette complainte de l’ange roux.

Le fan : Que l’on trouve son accent approximatif sur le « Tu es company director » de Stolen Cars, soit. Mais, là, pas de quoi l’emmener suivre les cours du soir. Cette chanson est une reprise d’un titre de Cheap Trick, datant de 1977. Pour ce qui est de l’entonner en fin de soirée, Joey Potter a déjà testé dans Dawson, comme on peut en juger ici. Mais la version de Mylène Farmer est plus proche de celle de Gary Jules, artiste américain connu pour sa reprise de Mad World et qui a participé à Timeless, la dernière tournée de la chanteuse.

  • Piste 10 : « City of Love »

La non-fan : Là, quelque chose nous chagrine. Un petit air de déjà entendu… C’est pas mal Mylène, mais un truc nous dit que ce n’est pas nouveau… Et bam, le flash ! On n’aurait pas lorgné du côté de Lana Del Rey et de son Radio, ma petite dame ? On ne t’en veut pas, nous aussi on trouve ça assez cool, mais quand même, c’était un chouïa plus fun ton époque Sans contrefaçon.

Le fan : Plus fun, plus fun… Faut le dire vite. Parmi les morceaux d’Ainsi soit-je, l’album sur lequel figure Sans contrefaçon, on trouve aussi La ronde triste, une mise en musique anxiogène de L’Horloge de Baudelaire ou encore Allan (« L’étrange goût de mort, s’offre mon corps, soûle mon âme jusqu’à l’aurore »…).  C’est vrai qu’il y a parfois des malentendus sur certaines de ses chansons – la guillerette C’est une belle journée raconte en réalité un suicide – « Les mots au bout des lèvres. Un chemin vers la vie. Si je m’abandonne. Je bâtirai the City of Love », c’est quand même bien plus optimiste. Pour ce qui est de la comparaison avec Lana del Rey, il y a peut-être eu une influence plus ou moins consciente. On sait seulement que Mylène Farmer semble apprécier l’Américaine qu’elle est allée applaudir à l’Olympia.

  • Piste 11 : « Un jour ou l’autre »

La non-fan : Alors là, sortez les mouchoirs, Mylène balance de l’aigu comme pas permis et nous replonge dans l’esprit d’Ainsi soit-je. Et il faut avouer que même si ce n’est pas notre came, ça « met les poils » comme ils disent dans Nouvelle Star. Côté paroles : « Aimer, chavirer et prendre l’eau, quand tout ruisselle, s’élever et recoudre l’air, aimer ». On ne sait pas où Mylène trouve son l’inspiration, mais ça a l’air pas mal.

Le fan : Je dois avouer que ce morceau-là n’est pas vraiment « ma came » et que je n’ai pas vraiment « eu les poils » (même si je n’en manque pas). Il est clair c’est du Farmer pur jus. Une ballade à la voix cristalline et intemporelle – ni vraiment ringarde, ni vraiment dans l’air du temps – dont elle a le secret. Je visualise déjà cette chanson dans le « quart d’heure émotion » de son prochain concert – officiellement, aucune tournée n’est annoncée pour les mois à venir. C’est ce titre qui clôt Interstellaires. Un point final tout en douceur, mais un peu trop attendu.