Peaches donne une leçon de provoc' (pas gratuite) au show-business

ELECTRO-ROCK « 20 Minutes » a rencontré la flamboyante chanteuse underground qui sort son nouvel album, « Rub »…

Joel Metreau

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La chanteuse Peaches.
La chanteuse Peaches. — DR

Ses thèmes explicitement sexuels, ses rythmes ravageurs et son sens du spectacle font de la Canadienne Peaches une artiste vraiment à part. A 46 ans, elle n’a pas de leçons à recevoir des Nicki Minaj et  Miley Cyrus en matière de provocation. Sauf que chez Merrill Beth Nisker, de son vrai nom, elle n’est jamais gratuite.

Touche-à-tout

Peaches est une artiste à la palette large. Les six années qui séparent ses deux derniers albums en témoignent : participation à l’opéra rock Jesus Christ Superstar et rôle dans L'Orfeo de Monteverdi, collaboration avec Major Lazerperformance inspirée du Cut Piece de Yoko Ono, où elle finit nue sur scène… Et surtout la comédie musicale Peaches does herself, inspirée de sa propre vie : l’adaptation en film fait la tournée des festivals américains. « J’étais obsédée par le fait de créer une comédie musicale cool, comme Phantom of the Paradise ou Tommy de Ken Russell, raconte-t-elle à 20 Minutes. A mes débuts, j’ai suivi une école de théâtre. Puis j’ai laissé tomber pour la musique, où je pouvais écrire mes propres paroles et faire des shows. »

Des clips chocs et absurdes

Avec un tel CV et un appétit de création, rien d’étonnant de retrouver Peaches derrière les caméras de deux clips cocasses et drôles issus des singles de son album dernier, Rub. Pour Light in Places, elle dirige la performeuse Empress Stah dans une Séance de voltige sur un trapèze avec un laser qui sort d’un orifice. Indice : ce n’est pas la bouche.

Pour Dick in the air, là voilà qui se promène dans Los Angeles avec sa copine Margaret Cho dans une fausse tenue d’Adam, avec appareil génital bringuebalant.

Enfin pour Close Up, elle subit l’entraînement intensif de Kim Gordon, guitariste du groupe culte Sonic Youth. «  Elle est comme un mentor pour moi, un coach.» La filiation avec le réalisateur undergound John Waters avec qui elle pose sur Instagram s'impose. « Je me rappelle avoir vu son Polyester au cinéma, le film olfactif: On grattait la carte, d’abord une odeur de fleurs, puis des chaussettes puantes. On les respirait et on se soufflait les odeurs au visage des uns et des autres », rigole-t-elle.

 

Wow wow wow!!! John Waters and I exchanging our books and having a moment together. The perfect inspiration!!!! #johnwatersrules

Une photo publiée par Peaches Nisker (@peachesnisker) le 16 Mai 2015 à 18h11 PDT

 

Libération sexuelle

Son album Rub continue d'agiter les genres et les pratiques sexuelles. Le morceau Dick in the Air ? « Vous connaissez le twerking, ces gens qui secouent leurs fesses ? Ce serait drôle si un mec excité met les mains sur les hanches et qu’il fasse virevolter son sexe. » Puis sur le morceau Rub, où il est question de souffler («Whistle blow») dans un clitoris pour y révéler ses secrets, elle nous apprend qu’il faut y voir une référence au lanceur d'alerte (whistle blower en anglais) Edward Snowden. « Un vrai héros », selon elle.

L'amour et la violence

Chez Peaches, la sexualité est menacée par la violence. Une chanson dénonce la vaginoplastie : « Des jeunes femmes sont en train de détruire leur vagin parce qu’elles croient qu’il est moche. Elles se font opérer juste parce qu’un mec leur a suggéré. Bien sûr si vous avez besoin de changer de genre ou si jamais vous avez un accident, vous avez besoin de cette opération.  Mais les femmes doivent apprendre à s’accepter comme elles sont.» Mais on n'a jamais autant ressenti sa rage que dans le morceau Free Drink Ticket, «une chanson de rupture». «C’est incroyable comment on peut passer de l’amour le plus fort à la haine la plus dure.» 

Sans crédit pour la politique et les puritains

Peaches se dit favorable au mariage entre personnes de même sexe, se réjouit de la plus grande visibilité des transsexuels grâce à Caitlyn Jenner et souhaite la légalisation du cannabis. Mais pour changer le monde, elle ne compte pas sur les politiques : « Les grosses entreprises ont trop de pouvoir sur eux, car ces derniers ont besoin de leur argent. » Elle fustige le racisme du républicain Donald Trump: « Ce mec ne devrait prendre de décision sur rien, vous avez vu ses cheveux ? » Enfin Peaches défend surtout la transparence : « On me dit folle et irrévérencieuse. Non, je suis juste ouverte d’esprit et je vous montre ce qu’est la vraie vie. Si vous n’êtes pas vous-mêmes, vous allez souffrir de problèmes et frustrations. » Les culs-bénits n'ont qu'à bien se tenir.