Quinze ans pour tracer la route de St Germain à Bamako (et retour)

MUSIQUE Le musicien électro St Germain sort un nouvel album… 

Benjamin Chapon

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Visuel du nouvel album éponyme de St Germain
Visuel du nouvel album éponyme de St Germain — St Germain

Quinze ans après son dernier album, le phénoménal Tourist, et treize ans après la fin d’une tournée mondiale, St Germain est de retour avec un nouvel album, intitulé… St Germain, mais sous-titré « Ludovic Navarre ». Le musicien a pris son temps mais ne l’a pas vu passer. « Après la tournée Tourist, j’étais vidé. J’en avais marre de tout. Les musiciens aussi d’ailleurs », confie-t-il.

Après un faux break de deux ans, il déménage de Saint-Germain-des-Près au quartier de Montmartre, à Paris. « Je m’y suis remis, mais ça sonnait trop jazz soul. Je partais sur une sorte de Tourist 2. Ça n’allait pas, au bout d’un an de travail j’ai tout effacé. J’ai commencé à chercher un nouveau mélange excitant. J’ai pensé aux sonorités africaines. » Commence alors une pérégrination immobile du musicien qui va aller, sur internet, de découvertes en découvertes. « L’afro-beat du Nigéria, ça ne me plaisait pas trop. La musique du Ghana, c’était trop compliqué. Puis je suis arrivé au Mali par le biais des chasseurs du Mali, des prêcheurs guérisseurs qui font une musique de boucles hypnotiques avec un parlé-chanté. Je suis parti de ça. »

Musique en pyjama

Mais le travail ne faisait que commencer. « J’ai eu du mal à trouver des musiciens qui parvenaient à jouer la vraie musique traditionnelle que je cherchais. Puis on a eu du mal à s’accorder. On n’a pas du tout la même façon de travailler, ni les mêmes rythmes. Ils ont une façon de jouer bien à eux. C’est à la fois très simple et très compliqué. »

Le processus semble avoir été long et un peu pénible. « C’était surtout compliqué pour les musiciens, explique Ludovic Navarre. Ils se demandaient pourquoi je n’étais jamais content. Mais moi, ça allait, j’étais en pyjama chez moi devant mon ordi à essayer des trucs. »

Boucles africaines

Une fois l’album enfin enregistré, le mixage, réalisé dans les studios d’Abbey Road, à Londres, a aussi été très long. « Je voulais faire propre, ne pas rendre la chose vulgaire. Je voulais respecter les Maliens, j’avais peur de les offenser. Ça me mettait un peu la pression. »

Mais c’est là la seule pression que le musicien dit avoir ressentie. Le succès ahurissant de St Germain au début des années 2000 a laissé des traces dans bien des oreilles. Ses tubes ont tourné en boucle, repris dans des pubs, à la télé, un peu partout. Amoureux des boucles et des mélodies simples, St Germain a parfois attiré les quolibets pour sa musique sommaire. « C’est la musique que j’aime, en boucles », se justifie Ludovic Navarre.

« Un mec un peu chiant »

Mais au bout de quinze ans, St Germain a peut-être été oublié. « C’est possible, je ne sais pas. Je ne suis dans aucun cercle de musiciens électro, je ne vais pas en club. Je n‘ai pas de réseau. Je suis un mec perfectionniste et un peu chiant qui a besoin de beaucoup travailler. »

Le résultat ne devrait pas décevoir les attentes des plus patients. St Germain a su capturer l’essence de la musique traditionnelle malienne pour l’emmener vers le blues, refaisant ainsi le trajet originel de ces musiques. En passant par Saint-Germain.