L’épitaphe joyeuse de Moriarty

MUSIQUE Deux ans après «Fugitives», Moriarty sort «Epitaph», son quatrième album, qui ne doit son nom qu'aux fantômes qui l'habitent... 

Annabelle Laurent

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Moriarty présente «Epitaph» (13 avril 2015)
Moriarty présente «Epitaph» (13 avril 2015) — Stephan Zimmerli

Ne vous fiez pas au titre. Epitaph, le quatrième album de Moriarty, est peut-être le plus enjoué du groupe. «Par envie de contradiction!», justifie le guitariste Arthur B.Gillette, en alignant les thèmes macabres qui parcourent l’album. 

Mikhaïl Boulgakov complètement barge

Le tombeau pourrait d'abord être celui de Mikhaïl Boulgakov, dont le roman culte Le Maître et Marguerite a inspiré directement quatre chansons, parmi lesquelles l'énergique When I Ride qui ouvre l’album. 

C’est l’un des romans fétiche du groupe. Pour «la folie de l’auteur, lance Rosemary Standley. Il est complètement barge». «Il a les ingrédients pour nous plaire à nous sept, renchérit Arthur. Un gros chat, un soubassement politique sur la censure et la bureaucratie, une histoire d’amour, du fantastique, de la violence et de l’humour…»

Comme toujours chez les sept cousins de Dean Moriarty, les filiations littéraires ont nourri les textes, faisant office de «coup de fouet, pour nous pousser dans l’écriture et la composition», disent-ils. Parmi les autres visages fantomatiques en présence, ceux de Milena Jesenská, l’amante impossible de Franz Kafka, qui mourut dans un camp de concentration en 1944, et de la poétesse autrichienne Ingeborg Bachmann, qui périt dans l’incendie de sa chambre d’hôtel: les deux ballades Milena et Long is the night leur rendent hommage. 

Le fantasme de faire danser 

Des autres titres que l’on découvre sur l’album, certains ont été exhumés après avoir traîné dans la poussière de longues années. Comme Long is the night, enregistré il y a plus de dix ans, ou Maybe a litte lie, «une impro qu'on avait à tort mise de côté». 

Si bien que l’album s’est créé au fur et à mesure, sans préméditation sur l’esprit funèbre, le thème de l'au-délà qui habiterait les textes. «Ce sont les titres qui sont venus à nous, explique Arthur. Mais du coup, de la même façon qu'on aime, dans un concert, conclure une chanson triste par une blague, la musique dit autre chose».

«Pour moi, c’est la continuité de Missing Room (2011)», poursuit Rosemary. Fugitives, sorti en 2013, était un album de reprises. «De retour avec nos chansons, on avait cette envie de faire bouger les gens, qu’ils se lèvent et qu’ils dansent. On avait ce fantasme».

Pour le réaliser, Moriarty est notamment allé chercher du côté du maloya, la musique réunionnaise, que lui a fait connaître la chanteuse Christine Salem. De quoi élargir encore ses inspirations, et s'éloigner encore un peu plus de l’image de folk américain qui lui colle à la peau, depuis le décor de cactus et cow-boys que leur avait réservé les Victoires de la musique