Six raisons de préférer Pierre Boulez à David Bowie à la Philharmonie

MUSIQUE Une exposition consacrée au grand compositeur français cohabite avec celle sur la star britannique…

Benjamin Chapon
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Partition de la main de Pierre Boulez
Partition de la main de Pierre Boulez — Universal Edition A.G

Le temps est long dans la file d’attente pour voir David Bowie is… à la Philharmonie de Paris (19e). L’exposition événement de l’hiver sera concurrencée, à partir de mardi 17 mars, par une autre consacrée à Pierre Boulez. Alors que l’artiste pop et ses costumes occupent les nouveaux espaces de la Philharmonie, les travaux du compositeur français d'avant-garde sont présentés juste à côté, dans ceux de l’ancienne Cité de la Musique. La seconde semble avoir peu de chance d’obtenir autant de succès que la première. Et pourtant, elle devrait.

1. Parce qu’il est chez lui à la Philharmonie

Alors qu’il fêtera ses 90 ans le 26 mars, Pierre Boulez ne fera pas le déplacement à Paris pour l’exposition. Il n’a pas non plus prévu d’assister à un concert dans la splendide salle de la Philharmonie. Pourtant, une rumeur prétend qu'elle a bien failli prendre son nom. La direction a finalement décidé d'utiliser des numéros. Certains prétendent même que l’option «salle Pierre Boulez» était une plaisanterie.

2. Parce qu’il nous parle

La voix de Pierre Boulez accompagne le visiteur autant que sa musique. Des extraits d’entretiens sont diffusés dans les audioguides. «Pierre Boulez parle très bien de sa musique, il est clair, pédagogue et plaisant à écouter», explique Sarah Barbedette, commissaire de l’exposition. D’ailleurs, il s’exprimait beaucoup dans les médias. C’était un bon client.» On est loin, très loin, du culte du secret de David Bowie.

3. Parce que c’est un événement

David Bowie is... a tourné tout autour du monde et déjà été vue par des centaines de milliers de personnes. En revanche, l'exposition sur Pierre Boulez, qui rassemble des partitions très rares, des tableaux de maître et des documents glanés de par le monde, est un événement inédit. En 2008, le Louvre avait invité le compositeur à commenter ses œuvres d’art fétiches et un autre événement avait eu lieu dans les années 1970 à Baden Baden. A part ça, rien.

4. Parce qu’il a de sacrées références

On a beaucoup vanté l’œcuménisme artistique de David Bowie qui s’inspirait de l’art et de la mode. Avec Pierre Boulez, on est dans une tout autre dimension. Le compositeur est au centre d’une éblouissante galaxie d’artistes, qu’il a côtoyés et qui l’ont inspiré (et réciproquement): Paul Klee, Nicolas de Staël, Joan Miro, Henri Michaux, Alberto Giacometti, Alexander Calder, Stéphane Mallarmé, René Char… L’exposition montre des correspondances entre Pierre Boulez et ces artistes.

5. Parce qu’il est un grand inventeur

Aussi ardue qu’elle puisse sembler de prime abord, la musique de Pierre Boulez est une invitation. Avant d’être le compositeur contemporain français le plus réputé, il a été un grand inventeur musical, du dodécaphonisme à l’œuvre ouverte. Ponctuée de nombreuses salles dédiées à ses œuvres emblématiques, l’exposition permet d’écouter Pli selon pli devant un mobile de Calder ou encore Répons dans une reproduction du dispositif orchestral de l’époque avec l’Ensemble intercontemporain.

6. Parce qu’il y eut polémique

La France et Pierre Boulez, c’est une longue histoire ponctuée de polémiques, de divorces et d’incompréhension. Alors que le monde entier sacrait Pierre Boulez comme un des artistes du siècle, la France a souvent boudé son œuvre. De son côté, le compositeur a toujours alimenté les controverses à coup de formules choc, puis en quittant le pays. Tout cela s’est un peu tassé avec le temps. Pierre Boulez lui-même s’est adouci et a fait la paix avec les institutions françaises.

Pour de plus amples informations, et si vous avez quand même préféré David Bowie à Pierre Boulez, il faut consulter le très beau et complet catalogue publié par Actes Sud (38 euros).