Mika: «Savoir que je suis gay n'est pas important pour comprendre ma musique»

MUSIQUE Après une nouvelle tournée internationale triomphale, Mika a eu besoin de se reposer. Avec «The origin of love», album d’électro-pop solaire et faussement léger, il revient à ses premières amours...

Benjamin Chapon
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Le chanteur Mika, en concert à Nice le 18 Juillet 2012.
Le chanteur Mika, en concert à Nice le 18 Juillet 2012. — SYSPEO/SIPA

Vous n’aviez pas sorti d’album depuis trois ans. Que s’est-il passé après votre dernière tournée?

J’ai mis longtemps à m’y remettre. Je voulais quelque chose de frais, une réinvention de ma musique. J’ai été vraiment bloqué pendant plusieurs mois. Puis il y a eu un évènement dans ma vie qui m’a vraiment secoué: ma sœur a failli perdre la vie dans un accident. Une fois que son état a été stabilisé, qu’elle était hors de danger et recommençait à pouvoir marcher, j’ai pu me remettre à travailler. 

Avez-vous opérer des changements dans vos méthodes de travail?

Je voulais être à nouveau entouré par des musiciens. Pour le précédent album, j’avais affronté ma solitude parce que je voulais une musique plus sombre et moins commerciale. Celui-ci, je le voulais joyeux. 

Et ça a été un processus difficile?

J’ai mis sept mois à l’écrire, ce qui est assez rapide pour moi, puis huit mois en studio. Ça peut sembler long mais c’est vraiment beaucoup de boulot de composer la tapisserie musicale de l’album. J’aime coller plein d’univers musicaux, de la pop au classique. Il y a beaucoup d’orchestrations avec de vrais instruments mais aussi des productions électroniques. Je suis le produit de ces collages qui disent vraiment d’où je viens, qui je suis. Donc, je veux qu’ils soient parfaits, c’est à la fois difficile et amusant.

 Vous avez besoin de vous amuser pour bien travailler ou c’est le fait de bien travailler qui vous détend?

L’un décide l’autre, et vice versa. Si je ne me sens pas libéré, il m’est impossible d’arriver à ce résultat. Mais quand j’écris une chanson comme «The Origin of Love» , je me sens si confiant qu’ensuite, écrire l’album est plus facile. C’est ce qui explique que j’ai été bloqué un an et demi.

On fait de la meilleure musique quand on est heureux?

Je suis fan de Barbara qui a fait son meilleur travail quand elle était malheureuse. Pour moi, je crois que c’est le contraire, j’ai besoin de confiance. Je dois me sentir invincible, ne pas avoir peur de faire un truc nul.

 Et l’accident de votre sœur vous a aidé à vous sentir en confiance?

Paradoxalement, oui. On change pour toujours après avoir vécu quelque chose comme ça. Ça a rapproché notre famille. Tous mes frères et sœurs sont dans l’art. Ce «secouage» nous a tous aidés dans nos domaines. Moi, j’en avais besoin parce que je mets beaucoup de vérité dans ce que je fais, ma musique raconte ma vie, qui, heureusement, est assez riche. Dans mes chansons, je mets tout et médiatiquement, je ne dis rien. 

Vous avez tout de même fait votre coming out cet été.

Je l’ai fait parce que je suis heureux en ce moment. Savoir que je suis gay n’est pas important pour comprendre ma musique mais pour me comprendre en tant que personne.

 La sexualité n’influe en rien sur votre musique?

Si, elle en a toujours fait partie. Sur scène, j’ai besoin de me sentir libre physiquement et j’aime y mettre de l'ambigüité sexuelle. Pour ça, oui, ça compte.

 Pourquoi avoir fait votre coming out si tard dans votre carrière?

Je crois qu’on ne peut forcer aucun artiste à le faire quand il n’en a pas envie. C’est important de le faire à sa manière et dans un moment de joie et de confiance, pour que ça génère de la tolérance et non pas de la haine. Moi, j’ai trouvé, perdu et retrouvé l’amour. Je suis enfin heureux et libre. C’était le moment de le dire. Je sais que ça n’intéresse pas tout le monde donc je ne vais pas le mettre en avant plus que ça. 

Entre votre coming out et l’accident de votre sœur qui est un peu à l’origine de l’album, vous vous retrouvez à beaucoup parler de votre vie privée.

Oui, c’est le jeu de la promo. Je sais que ça ne dure qu’un moment. Là je suis beaucoup dans l’introspection, je dois raconter en quelques minutes les émotions qui m’ont traversé pendant trois ans et ça laisse peu de temps pour parler de musique finalement. Mais moi, je ne passe pas mes journées à penser à tout ça. Là, on en parle mais ce soir, je retourne travailler à la tournée.

 Vous allez refaire plusieurs tours du monde pendant un an ou deux… Anxieux?

Pas du tout. C’est un moment heureux mais il faut y aller à fond, oublier sa vie quotidienne et ne vivre que pour ça. C’est un peu un cirque, mais un cirque que j’adore.