L'or des adieux pour monseignor Oury

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La grande embrouille lundi matin à 10h30 devant l’entrée principale du cimetière Montparnasse, à Paris. Journalistes et pas moins de 300 curieux tentent, en vain, d’assister aux obsèques de Gérard Oury. Les arrivées sont filtrées par des policiers nerveux. Et pour cause : le Premier ministre, le ministre de la Culture et de nombreux « people » sont venus rendre un dernier hommage au réalisateur des plus grand succès du cinéma populaire français. La famille du cinéaste – sa femme Michèle Morgan, sa fille Danièle Thompson, son petit-fils Christopher – sont déjà dans le cimetière lorsque Jack Lang arrive derrière les vitres fumées de sa voiture. Jean-Claude Brialy, lui, franchit à pied la porte principale, applaudi par les badauds.

René, 69 ans, casquette vissée sur la tête et appareil numérique autour du cou, exulte : « Je suis venu prendre les vedettes en photos ». Gérard Oury ? « Franchement, je ne l’apprécie pas plus que ça », confie-t-il. « Il a vraiment fait beaucoup de conneries. Ca vous fait rire, vous, ces navets ? ». Cédric, à ses côtés, est beaucoup plus ému. Comédien, il a été figurant pour « La Vengeance du serpent à plumes » et « Le Schpountz ». « Il était proche des acteurs mais aussi de ses techniciens », explique-t-il. « S’ils passent la musique de « L’As des As », j’aurais un gros pincement au cœur ». « L’ancienne génération s’en va doucement mais sûrement », surenchérit Steve, un autre figurant. « Est-ce que la nouvelle génération de comédiens saura prendre la relève ? », s’interroge-t-il alors que l’un de ses plus célèbres représentants, Gérard Jugnot, ressort du cimetière. « Les époques changent », confirme le bronzé qui dit avoir connu Gérard Oury « sur le tard » et affirme s’être déplacé « par devoir aux aînés ». « J’aimais l’homme qui a donné ses lettres de noblesse à un art considéré jusqu’alors comme mineur ».

La cérémonie s’achève rapidement loin du regard des curieux. De l’entrée du cimetière, la foule, essentiellement composée de têtes grisonnantes, peut apercevoir la journaliste Claire Chazal main dans la main avec Philippe Torreton ou encore Pierre Mondy déambuler entre les tombes. Marek Halter, Philippe Labro, Claude Lelouch, Alain Corneau et sa femme Nadine Trintignant sortent du cimetière un par un, en silence. Smaïn pleure. Jean Tibéri, « venu à titre personnel », rend hommage à un cinéaste « qui a trouvé les mots pour traiter des problèmes de société difficiles ». L’écrivain Jorge Semprun est quant à lui en colère et n’hésite pas à traiter « Libération » de « journal de merde » pour son ton sarcastique utilisé à propos de Gérard Oury. « Ce sont des imbéciles. Ils n’ont pas compris son talent et son sens de la mise en scène, lance l’intellectuel espagnol. Pourquoi sinon les acteurs qui ont joué avec lui n’ont jamais été aussi bons que dans ses films ? »

Alexandre Sulzer