Raymond Depardon : «Le photoreportage, une école dure»

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Interview de Raymond Depardon, photographe, commissaire des Rencontres de la photo d'Arles, qui débutent aujourd'hui.

Comment avez-vous conçu la programmation ?

C'était l'occasion de parler de mes compagnons de route, de mes influences, essentiellement américaines, et bien sûr de donner une chance aux jeunes. Les grands maîtres ont disparu, nous sommes à l'heure du numérique... C'est le moment de songer à ses dettes, comme dit René Char, et de faire le point sur l'état de la photographie.

Pourquoi cet hommage à vos confrères des années 1967-1975 ?

C'était une époque insensée. La planète entière se révoltait. Nous, les reporters français, n'attendions pas les commandes de journaux. On avait une caisse commune et on partait. Sur place, on mettait les films dans le premier avion et, le lendemain, les rédactions recevaient des originaux. Du coup, on battait toutes les agences de presse de l'époque. Time et Newsweek étaient obligés de passer par Paris.

Quelle leçon retire-t-on du photoreportage ?

C'est une école dure. Les reporters sont toujours nombreux sur l'événement. Ils doivent maîtriser la marche arrière et avoir un bon jeu de jambes pour trouver la bonne place. A l'époque de Daniel Angeli ou Gilles Caron, il fallait passer par le reportage pour débuter. Maintenant, on peut être artiste tout de suite !

Justement, quel regard portez-vous sur les jeunes que vous avez sélectionnés ?

Ils cassent les carcans de la photographie française, du reportage humaniste ou élitiste. Ils ont une approche directe. Quand on voit les photos de Marion Poussier sur les adolescentes ou celles de Malik Nejmi sur la double culture franco-marocaine, on sent une nécessité. Peut-être certains seront déçus car j'aurais pu choisir des artistes étrangers, aux images plus léchées et « exposables ». Ceux-là ont peu d'expérience et peuvent être maladroits, mais ils sont passionnés.

Recueilli par M. H.