Pourquoi le deux pièces s'appelle-t-il bikini ?

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Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, Louis Réard cherche une idée pour relancer l'activité de la bonneterie familiale. Il conçoit alors une gamme de maillots de bain révolutionnaires qui doivent rompre avec la facture classique des sages et très enveloppants maillots une pièce. Aussi va-t-il imaginer un ensemble composé d'un soutien-gorge et d'un slip séparés. Invention osée puisqu'elle expose le nombril de la femme. De surcroît, la pièce du bas, échancrée à souhait, découvre très largement le haut des cuisses.

Cet ensemble de bain minimaliste produit un tel choc que les mannequins du moment refusent de porter le maillot de Louis Réard dans un défilé. Heureusement, Micheline Bernardini n'est pas frileuse ! Cette danseuse nue de 19 ans comprend l'avantage qu'elle peut tirer d'un tel scandale. Louis Réard respire, il présente sa collection à la piscine Molitor, le 5 juillet 1946.

Dans les jours qui précèdent cet événement, la presse internationale évoque surtout les essais nucléaires américains de l'opération Crossroads. Cette campagne se déroule dans les îles Marshall, en plein Océan pacifique, à l'est des Philippines. L'archipel des îles Marshall possède trente-deux îles, dont le fameux atoll de Bikini qui sert de théâtre à l'opération Crossroads. Et le brave Louis Réard, assez peu inspiré en la circonstance (ou adepte d'un humour pour le moins douteux), s'empare de ce mot exotique pour baptiser ses maillots de bain du nom de bikini.

Dans un premier temps, le bikini ne fait pas recette. De puissantes et puritaines associations américaines se mobilisent pour empêcher le port de ce maillot trop sexy. En Europe, les pays placés sous l'influence sociale de l'Église romaine (Espagne, Portugal et Italie) ne jugent pas le bikini très... catholique. Au point de l'interdire, purement et simplement !

Les esprits ne s'éveilleront que très lentement. Et le maillot deux pièces devra finalement son succès à la chanson Itsy Bitsy Teenie Weenie Yellow Polka Dot Bikini. Une rengaine reprise en français par Dalida et Richard Anthony. Itsi bitsi petit bikini reste en tête des hit-parades de décembre 1960 à avril 1961. Les tabous finissent par tomber et le bikini pourra vivre sa vie.

Daniel Lacotte