Producteurs américains: entre bling bling et bang bang

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Le rappeur Kanye West, nominé huis fois également, a décroché trois prix.
Le rappeur Kanye West, nominé huis fois également, a décroché trois prix. — Susan Goldman AFP

 Aux Etats-Unis, le producteur est la figure incontournable, le nom sur lequel se joue le succès d’un album. Un marché clivé entre East et West Coast, dont la rivalité est toujours latente.

Les producteurs labellisés

« Si vous ne voulez pas que votre manager soit sur vos albums ou dans vos clips, venez chez Death Rox ». En une phrase, Suge Knight donne le ton. Figure emblématique de la côte ouest américaine, l’illustre producteur, co-fondateur avec Dr Dre du label Death Rox Records, vise le clinquant producteur Sean Combs, alias P. Diddy, dont l’omniprésence sur les morceaux de ces poulains agace.
Nous sommes aux débuts des années 90 et la guerre entre East et West Coast fait rage. Chaque producteur défend son territoire et ses parts de marché. Car aux Etats-Unis, les recettes du rap se chiffre en millions de dollars. Dénicher la poule aux œufs d’or et afficher sa réussite face à ses rivaux est un des leitmotive des producteurs. Entre les deux côtes ennemies, le cloisonnement est tel que jusqu’à récemment, les artistes devaient absolument choisir leurs camps, sans retour en arrière possible. Changer de maison de production était encore synonyme de haute trahison et le rappeur s’exposait aux risques de représailles.

Dans ce paysage commercial clivé, deux labels se distinguent, des piliers historiques construits sur les noms de deux pointures du rap US : Puff Daddy et Dr Dre.
Le premier incarne le rêve Américains : rappeur confirmé, son statut de producteur le propulse au rang de businessman millionnaire. En créant son label Bad Boys Records en 1992, il met la main sur de jeunes talents dociles, promis au succès. C’est ainsi qu’explose Mary J. Blige, aujourd’hui chanteuse incontournable du R’n’B.
P. Diddy est aujourd’hui à la tête d’un colossal empire de produits dérivés (ligne de vêtements homme/femme, ligne de montres…).
A l’Ouest, le rap a pour effigie Dr Dre, « Le » producteur qui déniche des rappeurs comme un certain Broadus Calvin (alias Snoop Dog) ou encore Marshall Mathers, plus connu sous le nom de Eminem. En 1991, il règne en maître sur la côte ouest avec son label Death Rox Records. Certains de ses protégés comprennent rapidement l’intérêt de produire des rappeurs néophytes. Une fois émancipés, ils n’hésitent pas à sortir leurs amis de l’ombre. Ainsi émergent The Game, initialement décelé par 50 cents, lui-même déniché par Eminem ! Et le groupe D12, décelé par Eminem, lui-même coaché par Dr Dre !

Les années 2000 voient la haine des deux clans rivaux s’essouffler. Certains rappeurs tentent néanmoins de reproduire ce clivage, utilisant leurs plumes assassines pour se menacer mutuellement. Ainsi, sur un son ponctué par des bruits de balles de fusilles à pompes, 50 cents, poulain de Dr Dre s’en prendre violemment au protégé de Puff Daddy, Fat Joe.
Les labels se multiplient, se positionnant sur la rivalité East et West Coast qui a fait les beaux jours des plus gros producteurs de rap actuels. On recense Shady record (chapoté par Eminem) avec des artistes comme D12 ou Obie Trice, ou le label G-Unit record (contrôlé par 50 cent) où l’on retrouve les très talentueux Mobb Deep, Olivia et Lloyd Banks.

Les producteurs « hors compétition »

Le temps de la guerre ouverte semble toutefois révolu. Les nouveaux de producteurs ne veulent en effet plus avoir à choisir et préfèrent s’ancrer sur un marché bien plus juteux : le « non positionnement ». Les producteurs indépendants optent désormais pour la collaboration libre avec tous les artistes sans pour autant se marquer au fer rouge.
Aujourd’hui seuls les noms des producteurs qui ont collaboré à un album suffisent à son succès. Ainsi des producteurs tels que Pharell Wiliams, Kanye West ou Timbaland connaissent un réel succès grâce à la réputation qu’ils se sont taillés mais aussi et surtout grâce à la bonne équation qu’ils ont eu l’audace de faire : diversité et neutralité !
On peut ainsi retrouver Timbaland faisant les chœurs dans un morceau de Justin Timberlake (ancien chanteur de pop acidulée reconvertit dans le hip hop/R&B version soft) et mixant des sons dans des titres de Aaliyah ou encore Ginuwine.

Ce bouleversement marque la fin d’une époque ponctuée par des affrontements sanglants entre bandes rivales et le début d’une autre : celle des producteurs noirs qui agitent le drapeau blanc.

Chanteuse native du Bronx (New York), Mary J. Blige a été découverte par Puff Daddy himself. Après avoir travaillé avec lui sur 4 albums, elle décide de mettre sur la touche celui qui lui a fait découvrir le monde du show bizz et ces travers. Elle revient en force en 2001 avec l’album « No More Drama » produit par l’illustre …Dr Dre. Un affront à son mentor que son talent à vite fait oublié puisque qu’en 2003, on retrouvait les deux acolytes sur l’album de Mary J. Blige.