La vie piquante de Jacques Lanzmann

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L'écrivain et parolier Jacques Lanzmann, auteur notamment de "Il est cinq heures, Paris s'éveille", interprété par Jacques Dutronc, est décédé mercredi à Paris, à l'âge de 79 ans, a annoncé sa famille
L'écrivain et parolier Jacques Lanzmann, auteur notamment de "Il est cinq heures, Paris s'éveille", interprété par Jacques Dutronc, est décédé mercredi à Paris, à l'âge de 79 ans, a annoncé sa famille — Catherine Gugelmann AFP

"Aie aie aie, ouille ouille ouille!", "On nous cache tout, on nous dit rien"... : tout le monde connaît ces paroles de chansons, symboles des annéess yé-yé, mais plus rares sont les Français qui connaissaient la vie et l’oeuvre de Jacques Lanzmann, mort mercredi à 79 ans.

Né le 4 mai 1927 à Bois-Colombes (Hauts-de-Seine), fils d'un décorateur et d'une antiquaire, frère du cinéaste Claude Lanzmann, Jacques Lanzmann a fait tous les métiers, écrit 50 livres et quelque 150 chansons.
Entré en 1943 dans la Résistance pour rejoindre son père, il s'essaie à la peinture à la Libération, avant de tout laisser tomber pour bourlinguer à travers le monde. Mineur au Chili au début des années 1950, il en tire son premier succès romanesque, "Le rat d'Amérique", bientôt adapté au cinéma. Lanzmann devient alors une figure de Saint-Germain-des-près, fréquente Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir. Aragon le bombarde critique littéraire aux Lettres françaises.
En 1963, il est rédacteur en chef de "Lui", "le magazine de l'homme moderne". En pleine période yé-yé, Daniel Filipacchi, le créateur du magazine, le recommande à Jacques Wolfsohn de chez Vogue en quête de chansons, parce que "Quand on sait écrire des romans, on sait forcément écrire des chansons". Le tandem Lanzmann-Dutronc fait "Crac, boum, hue!" tout de suite. Premier tube en 1966, "Et moi et moi et moi". "Fais pas ci, fais pas ça!", "Comme un con de parisien", "700 millions de Chinois / Et moi, et moi et moi..." ou encore "Dans la vie, il y a des cactus..." : les formules de Lanzmann font mouche.

Mais Lanzmann, c'est aussi la poésie du quotidien. "Il est cinq heures, Paris s'éveille", sortie quelques mois avant mai 1968, régulièrement cité parmi les plus belles chansons françaises, reste jusqu’à aujourd’hui son titre de gloire. Il enchaîne chansons - pour Dutronc bien sûr mais aussi Régine ou Zizi Jeanmaire - et littérature au rythme d'un livre par an. Une oeuvre sous le signe des coups de coeur de ce grand marcheur, adepte des traversées de déserts et des trekkings au Népal : "Les transsibériennes" (1978), "Le lama bleu" (1983), "Fou de marche" (1985).

Une oeuvre semée aussi de récits autobiographiques - "Mémoires d'un amnésique" (1971) - et de retours vers l'enfance, "Rue des mamours" (1981). Jacques Lanzmann se lance plus tard dans une quête de ses origines juives avec des livres plus graves : "N'oublie jamais qui nous sommes" (1999) et "Imagine la terre promise" (2000) forment un diptyque sur "La tribu perdue" d'Israel.

Marié quatre fois, Jacques Lanzmann était père de sept enfants, dont trois en bas âge. Il avait évoqué cette paternité tardive dans son dernier livre, "Une vie de famille", paru en janvier dernier.