«Les vampires ne sont plus les épouvantails d'autrefois»

CULTURE «True Blood», «Twilight», «Vampire Diaries», et plus récemment «Dark Shadows», soap américain des années 60 qui renaît grâce à Tim Burton. Les vampires sont omniprésents sur nos écrans, fascinant un public toujours plus mordu de ces créatures...

Anaëlle Grondin

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Johnny Depp, dans le rôle de Barnabas Collins, vampire de la comédie d'épouvante de Tim Burton, «Dark Shadows».
Johnny Depp, dans le rôle de Barnabas Collins, vampire de la comédie d'épouvante de Tim Burton, «Dark Shadows». — WARNER BROS

Difficile de passer à côté de la dernière comédie d’épouvante de Tim Burton, Dark Shadows, dans laquelle son acteur fétiche Johnny Depp excelle en vampire distingué. Avant que le réalisateur n’en fasse un long-métrage, Dark Shadows était un feuilleton télévisé américain qui faisait fureur à la fin des années 60 outre-Atlantique. Le voilà donc remis au goût du jour par le cinéaste fantasque pour le plus grand bonheur de ses fans… et des amateurs de vampires, qui sont servis ces dernières années. Entre True Blood et Vampire Diaries à la télévision, et Underworld ou encore la célèbre saga Twilight sur grand écran, il y en a pour tous les goûts. «Ça ne va peut-être pas durer, mais là on est au sommet. On est arrivé à un point où le vampire est absolument omniprésent», assure Jean Marigny, professeur émérite de l’Université de Grenoble et spécialiste du mythe du vampire, qui a publié le livre La fascination des vampires en 2009.

«Entretien avec un vampire a relancé l’engouement du public» 

Selon lui, «il y a eu une évolution qui s’est faite dans les années 1970 avec la parution d’Entretien avec un vampire. L’auteure [Anne Rice] nous a présenté un vampire très différent des Dracula. C’est ce roman qui a relancé l’engouement pour les vampires, présentés comme proche des humains, parfois très beaux et intelligents». Marjolaine Boutet, maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Picardie-Jules Verne et auteure de «Vampires, au-delà du mythe» abonde dans son sens: «Il y a un tournant évident  avec ‘Entretien avec un vampire’, car c’est la première fois que l’on donnait la parole à un vampire lui-même. Dracula, lui, ne parlait jamais». Elle poursuit: «On est en empathie avec lui, il se présente comme quelqu’un de malade. A cette époque la psychiatrie se développait. En 1970, il y avait cette idée que le mal pouvait être soigné et que d’autres valeurs étaient possibles. Le rapport au bien et au mal a changé». L’auteure évoque mai 68: «La société est devenue tolérante. On estime désormais qu’en occident chacun a le droit de vivre comme il l’entend. Le vampire avait toujours été une créature systématiquement détruite à la fin de l’histoire. A partir de la fin 70, cela a changé.» Un exemple, Le bal des vampires (1967) de Roman Polanski. «Pour la première fois c’est le vampire qui gagne et fait la fête», rappelle Marjolaine Boutet. 

«Dracula, deuxième personnage le plus adapté dans la culture pop»

L’auteure ajoute que si la figure du vampire ne date pas d’hier ni d’avant-hier, «elle est particulièrement populaire au moment où la société est inquiète». Elle évoque la fin de la Guerre froide en parlant de l’adaptation cinématographique d’Entretien avec un vampire (1994). Et pour la période récente, le 11 septembre et la crise financière. Jean Marigny renchérit: «C’est une manière pour le public d’échapper à un monde qui lui est devenu insupportable. En ce moment on a l’impression que tout va mal. Cette fuite dans le fantastique, c’est une manière de s’évader.» Mais pourquoi le vampire en particulier? «C’est une créature qui a vaincu la mort et c’est aussi la créature fantastique la plus malléable. Les zombies ne pensent pas, les loups-garous représentent essentiellement la bestialité», répond Marjolaine Boutet. «Par rapport aux autres créatures du fantastique, le vampire capitalise sur sa personne tout ce qui concerne notre existence. Nos réflexions sur la vie, la mort, le sexe», explique à son tour Jean Marigny. «Il y a quelque chose que l’on remarque au cinéma à l’heure actuelle, c’est le succès de tous ces super-héros, comme les Avengers. On cherche des personnages immortels, invincibles. Le vampire joue ce rôle-là. Il n’est plus l’épouvantail d’autrefois.»

Ainsi, «Dracula est le deuxième personnage le plus adapté dans la culture populaire après Sherlock Holmes», indique Marjolaine Boutet. Et pour elle, si le public continue d’être fasciné par les vampires, alors même qu’ils n’ont plus rien à voir avec le Dracula classique, c’est aussi parce qu’ «il y a cette question de l’immortalité, l’idée de garder le corps intact. C’est une obsession actuelle. On est à l’ère du botox».

>> Et vous, aimez-vous les histoires de vampires? Pourquoi? Quels sont vos vampires préférés à l’écran? Dites-le nous dans les commentaires ci-dessous.