Raymond Devos, le poids lourd de la finesse

©2006 20 minutes

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Malgré l'amour et la joie qu'il a pu donner à la langue française, Raymond Devos n'était pas Immortel. La glorieuse Académie française n'aura jamais reconnu comme un des siens cet ardent bienfaiteur des bons mots. Qu'importe, Raymond n'entrait pas dans le costume. Trop gros le Devos ? Non, trop fin. « Je n'ai jamais fait partie d'aucun groupe, je suis tout seul dans mon aventure, déclarait Raymond Devos à la revue Notes. Et puis les hommes de lettres, il leur manque le clairon, le clown. » Mime, multi-instrumentiste, jongleur, équilibriste, clown, un peu prestidigitateur... La vie de Raymond Devos a été tout entière tournée vers l'apprentissage de numéros. A 13 ans, il quitte sa Belgique natale pour Paris, « pour devenir artiste ». Il accumule les petits boulots et tombe un jour, place de la Bastille, sur un cirque qui débarque son barda. Instruments, balles, trapèzes et surtout un trampoline. Le petit Raymond est émerveillé. Son énergie, il la dépenserait sur scène, où il suait à grosses gouttes. Dans son corps à corps avec les mots, l'homme met ses tripes autant que son esprit. « Les mots servent à la confusion, à égarer les gens. » Exemple : « Il m'est arrivé de prêter l'oreille à un sourd, il n'entendait pas mieux pour autant. » Subtilité du raisonnement poussée jusqu'à l'absurde, Devos se cache derrière la logique pour emmener son auditoire dans la quatrième dimension de la langue. « Dès que le silence se fait, les gens le meublent. » Devos, lui, chuchote, ou éructe de son souffle court. Gonflé, il souffle aussi dans des bugles, des trompettes. « Je me suis remis à la clarinette, c'est ce qui ressemble le plus à l'anglais. » De succès en périodes de doute ou de travail, Devos avance seul. Face à l'inspiration d'abord, « la vertigineuse solitude devant les mots, quand l'esprit ne veut pas jouer le jeu ». Seul aussi parfois dans une vie qui s'est trop confondue avec sa carrière. Divorcé, sans enfant, une querelle sordide éclata en février entre ses proches lorsqu'une femme se disant sa compagne avait demandé à la justice un droit de visite contre l'avis de sa famille. Devos débutait ainsi sa dernière tournée : « Je sens que ma dernière heure est arrivée, je voudrais la passer avec vous. »

Benjamin Chapon

1922 Naissance en Belgique. 1935 Arrivée à Paris. 1943 Déportation en Allemagne. 1956 Premiers sketchs : Caen, La Mer démontée, Le Pied ... Et triomphe dans les cabarets musicaux (les Trois Baudets, l'Alhambra). 1989 Molière du meilleur one-man-show. 1994 Premier Olympia. 2000 Molière d'honneur.