Blexbolex: Des bandes pas vraiment dessinées

BD L'illustrateur Blexbolex sort deux albums d'une grande audace formelle...

Olivier Mimran

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«Les codes de la BD ne doivent pas rester figés, il faudrait sans cesse les réinventer», déclarait le grand Moebius (disparu le mois dernier). Un message reçu cinq sur cinq par Blexbolex, dont les albums – ni tout à fait bandes dessinées, ni tout à fait livres d'illustration – déroutent autant qu'ils fascinent. A l'occasion de la sortie simultanée de Crimechien et Hors-zone (Cornélius), focus sur l'univers d'un génial trifouilleur de forme comme de fond.

Un diptyque schizophrène

Après L'œil privé (Les Requins Marteaux, 2006), Blexbolex revient au polar futuriste, mais en deux temps: d'abord avec le court Crimechien, dans lequel un détective au passé trouble et aux instincts suicidaires passe, malgré lui, du mauvais côté de la loi; puis avec Hors-zone, où l'on retrouve ce même détective après qu'il se fut, à la fin de Crimechien, tiré deux balles dans la tête. S'ensuit une folle escapade onirique sur fond de violence et de survie…

Ce diptyque schizophrène est emblématique du style Blexbolex: avec ses images sans bulles et ses textes dialogués en légende, il impose au lecteur de dissocier description et représentation. Et comme pour s'affranchir davantage d'un médium trop figé, l'auteur supprime tout contour pour ne conserver que des aplats de couleurs volontairement restreintes (un vestige de sa formation de sérigraphe). Autant d'audaces qui déstabilisent mais ensorcellent, en nous donnant le sentiment d'assister à la naissance d'une œuvre absolument unique.

Le prix du plus beau livre du monde

Ça existe vraiment, ça? Mais oui! Même que Blexbolex l'a reçu en 2009 pour son Imagier des gens (Albin Michel Jeunesse). Décernée à la Foire du livre de Leipzig, cette distinction un peu insolite est pourtant attribuée le plus sérieusement du monde par sept jurés issus de cinq pays différents (Chine, Allemagne, Hongrie, Autriche et France).