Des romansau parfum de rose

Karine Papillaud

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La première Fête du temps libre, qui deviendra la Fête de la musique, place de la République à Paris, le 11 juin 1981.
La première Fête du temps libre, qui deviendra la Fête de la musique, place de la République à Paris, le 11 juin 1981. — MORVAN / SIPA

Ils ne se sont pas donné le mot, et pourtant deux romans flirtent avec les années Mitterrand chez les libraires. Second tour ou les bons sentiments d'Isabelle Monnin (JC Lattès) raconte la grande fête d'anniversaire d'un quinquagénaire un soir de présidentielle en mai 2012. Trente ans ont passé depuis ses 20 ans le soir du 10 mai 1981 avec les mêmes invités. Le livre est raconté avec une subtilité délicieuse, tout en intensité humaine. Le Chapeau de Mitterrand (Flammarion) d'Antoine Laurain, un roman gai dans lequel, en 1986, le chapeau du président français perdu dans une brasserie, va changer la vie de ceux qui le trouvent et le perdent à nouveau. La construction, travaillée mais invisible, compose un conte philosophique à la mesure d'un mutin Voltaire. Monnin comme Laurain se sont inspirés des années 1980. Pourquoi ?

G La jeunesse des eighties
Isabelle Monnin : Je voulais faire un parallèle entre l'élan amoureux et l'espoir politique. Très vite se sont imposés des personnages qui avaient eu 20 ans en 1981.
Antoine Laurain : Le monde dans lequel nous vivons est épuisant, saturé d'information. Je voulais retrouver un monde plus simple, celui qui est lié à mon adolescence.
G La roue qui tourne
IM : Je voulais raconter des gens qui ont perdu leurs illusions pour pouvoir aborder la question du réenchantement : comment fait-on, à 50 ans, pour croire à nouveau en quelque chose de fort quand tout le monde ironise sur vos « bons sentiments » ?
AL : J'avais envie de retrouver un monde où la phrase « je vais prendre une photo avec mon téléphone » est absurde. Il aurait été impossible d'amener cette histoire de la même façon de nos jours.
G Une époque historique
IM : Parmi mes madeleines de Proust à moi, il y a la joie des adultes le soir de la victoire de Mitterrand. Comme un tube de l'été, ça ne s'oublie pas.
AL : François Mitterrand incarne une France qui allait mieux qu'aujourd'hui. C'était un personnage de roman même s'il n'est pas le héros de mon livre. Il aurait pu être écrivain.