Un petit coin de violence

Joël Métreau

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L'écrivain Donald Ray Pollock, originaire de l'Ohio, vient de publier sa deuxième œuvre.
L'écrivain Donald Ray Pollock, originaire de l'Ohio, vient de publier sa deuxième œuvre. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Impossible d'imaginer que cet Américain doux et presque malingre de 57 ans a écrit un deuxième livre d'une noirceur furieuse. Le Diable, tout le temps (Albin Michel), ou les destins mêlés du jeune Arvin et d'un couple de serial killers vivotant dans une communauté rurale abrutie par la langueur. Le style est aussi sec et grumeleux qu'une poignée de terre dans la gueule d'un fauve. On pense à Cormac McCarthy. Donald Ray Pollock se dit inspiré par les écrivains du Sud américain (Larry Brown, Harry Crews…), cette « grit lit » qui décrit la campagne dans sa rugosité. Pollock cite Madame Bovary, le premier classique qu'il ait lu : « Le style est parfait. Et le thème : être piégé dans des situations, malgré soi, et ne pas savoir comment s'en échapper. »
L'action du Diable, tout le temps, se situe dans l'Ohio des années 1950-1960. Pollock n'imagine pas situer d'autre lieu pour son prochain roman qui se déroulera, cette fois en 1918, dans un camp d'entraînement de soldats, ravagé par la grippe espagnole. « J'ai essayé d'écrire des histoires d'avocats ou de médecins, mais j'étais plus à l'aise avec les alcooliques ou des pauvres. »

« Il a allumé la télé... »
Pendant trente-deux ans, Pollock a gagné son pain à l'usine de pâte à papier, où les jeunes du coin arrivent avec l'espoir de tout plaquer pour devenir champions de base-ball, mais en ressortent vieux et abîmés…
« A 45 ans, j'ai vu mon père, qui travaillait aussi dans la papeterie, prendre sa retraite. Il a allumé la télé, s'est assis sur le canapé, et c'était terminé. Je me suis dit que je pourrais faire autre chose de ma vie avant de finir au cimetière. » Il s'inscrit dans un cours d'écriture et rédige des nouvelles, dans son grenier, le seul endroit de sa maison où il s'autorise à fumer les cigarettes qui ont imprégné sa voix. Le recueil de nouvelles est publié. Pollock est invité en tournée à rejoindre l'écrivain Chuck Palahniuk.
Pollock semble revenir de loin, de Knockemstiff et de ses 500 habitants. « J'avais probablement des liens de sang avec la moitié d'entre eux. » Extirpé d'une communauté à la mauvaise réputation. « Dans l'écriture, j'amplifie le côté sombre de leurs vies, je ne sais pourquoi. Peut-être parce que j'ai toujours été effrayé par la violence. Pour la plupart des gens, c'est difficile d'être bon. »