Rover, un poids lourd qui fait mouche

benjamin Chapon

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Le globe-trotter Rover est l'auteur d'un album qui porte son nom.
Le globe-trotter Rover est l'auteur d'un album qui porte son nom. — DR

Attention, talent. Sa voix pleine et franche laisse penser que l'on tient là un grand chanteur. Avant de se poser à Paris, Timothée (son petit nom) a parcouru le monde dans les bagages de ses parents. « J'ai adoré cette enfance. » Installé au Liban, il monte un groupe de rock avec son frère. Le succès venant, les services d'immigration s'intéressent à son cas. Il est chassé du pays : visa expiré. « Sans rien, je suis allé m'isoler dans une vieille maison de famille en Bretagne. » Là, la solitude le transforme en machine à composer. « J'ai vécu comme un ermite, sans contrainte. Je suis un peu devenu fou, dans le bon sens du terme. » Seul dans les murs, il ose chanter à pleine voix. « A un moment, j'ai voulu faire table rase de la technique, pour laisser plus de place à l'émotion. Bon, ça n'a rien donné… »

Compositions de balèze
Après des jours et des nuits à tenter toutes sortes de choses, Rover sort au moins avec une certitude : il peut compter sur sa voix. Et un ensemble de chansons dont il est fier. Avec ce répertoire, il revient à Paris et trouve en Samy Costa, son producteur, la personne qui sait « gérer mon état psychique », comme il dit. Et sublimer ses compositions pop ambitieuses, chargés d'embruns californiens, de fog londonien et de moiteur méditerranéenne. Il pourrait être satisfait de ce sublime album, mais il attend surtout la réaction du public. « L'indifférence me fait peur. Je veux attirer l'attention depuis que je suis tout petit. Enfin quand je dis tout petit… » Car Timothée est, comme on dit, un beau bébé. « J'ai toujours été le grand balèze de ma classe, tout me semble trop petit. » C'est pour se construire un monde plus grand qu'il fait de la musique. « Ce langage est fou, il semble simple mais est d'une force incroyable. Je suis fasciné par le côté incisif de la pop. Bob Dylan dit plus en deux lignes que Le Clézio en dix bouquins. »