crimes pour tout le monde

J.  Métreau et B.  Chapon

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Angoisse, frissons et sueurs froides attirent de nombreux lecteurs.
Angoisse, frissons et sueurs froides attirent de nombreux lecteurs. — SIPA

«Il y a des crimes partout, donc des polars dans le monde entier », estime Bastien Bonnefous, collaborateur du Monde des livres pour le roman noir et ancien journaliste de 20 Minutes. Partout, et notamment à Lyon, où se tient jusqu'à dimanche le 8e festival Quais du Polar. Petit tour du monde... en noir.

Maîtres assassins
râce aux 13 756 meurtres commis en 2009 sur son sol, les Etats-Unis demeurent la terre d'élection du polar, avec deux catégories. « Le thriller, où des auteurs, comme Harlan Coben, ont un vrai savoir-faire au niveau de l'intrigue, et le roman noir, un constat de ce que sont les Etats-Unis dans leur aspect le plus sombre », explique Hélène Fisch-bach, programmatrice littéraire du Quais du Polar, qui cite Dan Fante, Larry Fondation et Donald Ray Pollock…

Pudding mystère
Autre pays prolifique : la Grande-Bretagne, qui privilégie le roman à énigme, typique de la patrie de Sherlock Holmes et d'Agatha Christie. Parmi les reines du genre, Ruth Rendell.

Coup de froid
« La vague scandinave s'est épuisée, estime Marc Fernandez, rédacteur en chef de la revue Alibi. Avec le succès de Millénium, chaque éditeur a voulu avoir son auteur nordique. Mais il n'y a pas que des génies non plus. » N'empêche, les Français sont encore séduits par l'exotisme des commissaires islandais Erlendur et suédois Kurt Wallander ou du policier bougon danois Carl Morck.
Crise au soleil
Le giallo italien marche encore très fort. Plus largement, toute l'Europe du Sud produit d'excellents polars. « Les périodes de crise économique, c'est du pain bénit pour les auteurs », d'après Marc Fernandez. « Les polars européens ont en commun qu'ils s'inspirent des réalités politiques », analyse Bastien Bonnefous.

Chaleurs subites
L'Afrique se fait discrète, mais « en Afrique du Sud, comme dans tous les pays où il y a des mégalopoles mondialisées, il y a du polar », résume Bastien Bonnefous. Star du pays, Deon Maier. Mais pour Marc Fernandez, « il y a aussi des auteurs passionnants au Maghreb, l'Algérien Adlène Meddi par exemple. Ou en Afrique de l'Ouest, comme le Gabonais Janis Otsiemi qui a sorti Le Chasseur de lucioles. »

Morsures du réel
Les soubresauts des révolutions et les répressions des dictatures ont fourni une matière incandescente dont les auteurs d'Amérique latine s'emparent pour modeler leurs récits, de Ramón Díaz Eterovic le Chilien, au Mexicain Paco Ignacio Taibo ou au Cubain Leonardo Padura Fuentes. « Les polars latinos sont de véritables reportages », estime Marc Fernandez. « Il y existe un degré de violence et de réalité urbaine qui induit le développement du polar », ajoute François Angelier, présentateur de « Mauvais genres » sur France Culture.

Tentation de l'exil
« Qiu Xiaolong habite désormais aux Etats-Unis. Ce n'est peut-être pas évident de publier en Chine, car le roman noir reste malgré tout contestataire », suggère Hélène Fischbach.

Code au cou
« Il y a au Japon une émergence, représentée par Natsuo Kirino, reprend Hélène Fischbach. Ces auteurs ajoutent un côté fantastique et reflètent des codes culturels éloignés du polar européen, plus terre à terre. »

Terreau idéal du polar
Pour Bastien Bonnefous, les bons polars naissent dans les pays où « gratter les croûtes du passé fait resurgir des tensions sociales ». Marc Fernandez renchérit : « Les frontières s'estompent. D'ailleurs, celle entre roman noir et littérature blanche est de plus en plus floue. Les trucs dégueus de l'être humain inspirent au-delà des seuls auteurs de polars. » Hélène Fischbach pointe aussi « une tendance des intrigues policières à se situer sur une échelle mondiale ». François Angelier explique ainsi : « Inscrites dans la société urbaine et le monde capitaliste, les formes du roman policier sont compréhensibles par tous, et il supporte très bien l'exportation. »