Fanny Ardant : «On est tous menacés par La Maladie de la mort»

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Interview de Fanny Ardant, actrice.

Vous vous retrouvez seule en scène à partir de ce soir. L'exercice vous fait-il peur ?

Je ne sais pas encore. Je crois que cela sera assez difficile mais maintenant que j'ai signé, c'est trop tard ! Pour moi, cela ne pouvait se faire qu'avec un grand texte, comme La Maladie de la mort, de Marguerite Duras, sinon, je trouve qu'il y a quelque chose d'arrogant. Avec un grand texte, vous n'êtes que le passeur. Il suffit de redonner ce qu'a écrit l'auteur... De toute façon, il y a toujours une part de soi inconsciente dans les choses que l'on aime faire, dans les choses auxquelles on dit oui. Et bien voilà... ça m'est tombé dessus !

En quoi La Maladie de la mort de Marguerite Duras est-t-il un texte impossible à refuser ?

Marguerite Duras n'est ni romanesque ni romantique, elle est pragmatique. Elle parle d'amour avec un « ne nous trompons pas ! » sous-jacent. C'est cela que j'aime. Et puis, on sent que Duras aime les hommes, aime le corps, aime l'amour. C'est une histoire exemplaire car on est tous menacé par ce qu'elle appelle « la maladie de la mort » : l'incapacité ou le refus d'aimer. La société nous apprend cela : le pouvoir, l'argent, l'avidité... le tout aux dépens de l'amour alors que c'est justement l'acte suprême, la liberté suprême ! Duras a écrit ce texte à 68 ans et je pense que c'était pour elle une sorte de testament amoureux...

Le texte est parfois assez cru, cela ne vous pose pas de problème ?

Marguerite était une grande anarchiste : elle disait tout haut les choses que l'on ne disait pas. La jouissance, par exemple. C'est très concret avec elle. C'est impudique mais on ne se sent jamais mal à l'aise devant ce qu'elle dit. Pour moi l'indécence ou l'impudeur est le problème du spectateur, pas de l'acteur. Je trouve le texte tellement beau, tellement vrai, que je n'ai pas eu à me poser la question de « comment faire ? ». C'est comme une partition de musique, il suffit de laisser dire au texte ce qu'il dit...

Et que dit-il justement ?

Il peut sembler désespéré mais j'y trouve quelque chose qui donne envie de vivre. Duras nous dit que la grande histoire de la vie, c'est l'amour. Si quelque chose vous semble plus important, c'est que vous êtes déjà mort. Qu'on ne dise pas qu'aimer est une question d'âge ou de génération, on est tous égaux devant cela !

Recueilli par Charlotte Lipinska

La Maladie de la mort, jusqu'au 9 juillet au Théâtre de la Madeleine.