« Tue-moi à en crever », pulp fiction à bulles

©2006 20 minutes

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Les ombres d'Hitchcock et d'Ellroy planent sur Tue-moi à en crever (éd. Delcourt), une BD-polar très noire alliant suspense et atmosphères sophistiquées. Ce pavé de 240 pages en noir et blanc est l'oeuvre de David Lapham, un auteur indé américain (il a fondé sa maison d'édition en 1995).

Le récit commence très fort puisqu'il s'ouvre sur l'apparent suicide de la femme de Steven, son héros. Ebranlé, le veuf se réfugie dans les bras de Tara, un ancien amour de lycée. Convaincue que Steven est responsable de la mort de sa richissime épouse, la belle-famille engage un privé pour le confondre...

Le scénario, intelligent et minutieux, respecte les codes du roman noir en alternant distillation d'indices et brouillage de pistes. Dès lors, on avance dans l'histoire à l'aveuglette, régulièrement cueillis par des développements inattendus. Regorgeant de violence et de faux-semblants, ce trépidant album relève également du « pulp » (récit court, et souvent cru), et son dessin vif et précis accentue une tension dramatique omniprésente. David Lapham a reçu, en 1996, un Eisner Award (la récompense la plus prestigieuse du 9e art aux Etats-Unis). C'est dire le talent de l'auteur de Tue-moi à en crever, dont le fan-club devrait très bientôt compter de nombreux lecteurs français.

Olivier Mimran