Décès de Moebius: «Il était un monde à lui tout seul»

HOMMAGE Les créateurs de BD saluent le génie de Moebius, mort samedi...

Olivier Mimran
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Le dessinateur Moebius pose à côté de Mike Blueberry à la fondation Cartier, qui avait organisé une exposition en l'honneur de l'artiste en 2010.
Le dessinateur Moebius pose à côté de Mike Blueberry à la fondation Cartier, qui avait organisé une exposition en l'honneur de l'artiste en 2010. — GINIES / SIPAGINIES / SIPA

«La France vient de perdre l'auteur de bande dessinée le plus talentueux et le plus connu au monde», confie à 20 Minutes le dessinateur Serge Clerc. Jean Giraud, alias Gir, alias Moebius, a définitivement rangé ses pinceaux à l'âge de 73 ans. Les hommages pleuvent sur ce «pur génie du dessin, selon Jean-Claude Mézières, cocréateur de la série Valérian, le seul mec devant lequel tous les dessinateurs de BD de la planète bavaient d'admiration.»

Ce natif de la banlieue parisienne avait débuté avec Blueberry, la série-western mythique créée par Jean-Michel Charlier en 1963, avant d'exploser, quelques années plus tard, avec des récits de SF sous le pseudonyme de Moebius. C'est surtout dans ce costume qu'il était devenu un auteur de BD majeur dont l'imagerie fantastique influence encore de nombreux artistes. Et de domaines divers.

L'homme des espaces

Sans lui, les vaisseaux spatiaux sophistiqués, les mutants gluants des films de SF n'auraient peut-être jamais vu le jour: Moebius a contribué aux décors, costumes, univers de blockbusters tels Alien, Tron, Willow, Abyss, Le Cinquième Elément, etc. «Normal que le cinéma ait fait appel à son talent, lance Mézières à 20 Minutes, car c'était un expérimentateur incroyablement apte à transcrire sa vision de mondes imaginaires.»

Des générations de dessinateurs revendiquent l'ascendant graphique de cet artiste aux talents multiples «décomplexé et audacieux», pour Serge Clerc. «Il a donné ses lettres de noblesse à la hachure en signant des illustrations aussi puissantes qu'une eau-forte de Rembrandt!» De Taniguchi à Mignola, de Larcenet à Bilal, tous évoquent un maître «devant lequel on ne peut que faire preuve d'humilité».

Au-delà de l'artiste dont «le dessin était la respiration», dixit Mézières, c'est un homme modeste et bienveillant qui vient de s'éteindre: «Comment peut-on rester si discret quand on est aussi immense?», s'interroge Serge Clerc. Avant d'ajouter «L'homme était un mystère. Un monde à lui tout seul, dans lequel on savait qu'on n'avait aucune chance de pénétrer.»