Les écrivains ont soif de numérique

LITTERATURE A l'occasion du palmarès 2011 des livres les plus lus de «L'Express», «20Minutes» en a profité pour demander à des écrivains ce qu'ils pensent du livre numérique...

Karine Papillaud

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Laure Adler a participé mercredi au palmarès des best-sellers 2011 de L'Express au Bristol, à Paris.
Laure Adler a participé mercredi au palmarès des best-sellers 2011 de L'Express au Bristol, à Paris. — BALTEL/SIPA

Mercredi à l’heure du déjeuner, le quartier de l’Elysée était le QG du monde des lettres puisque la fine fleur des écrivains français se retrouvait au Bristol, à quelques mètres de la place forte présidentielle.

Comme chaque année, L’Express a réuni les écrivains qui ont vendu le plus de livres en 2011, romans et essais confondus, selon le palmarès que le magazine édite chaque semaine. On y retrouvait Fred Vargas, Stéphane Hessel, Guillaume Musso mais aussi Laure Adler, Annie Ernaux, Carole Martinez, Delphine de Vigan ou David Foenkinos.

Les éditeurs ravis papillonnaient autour de leurs auteurs, les vins étaient délicats et les moquettes très épaisses. On en a profité pour demander aux écrivains qui sont restés déjeuner après la traditionnelle photo si l’arrivée du numérique ne leur faisait pas peur. Parce qu’au fond, si le numérique doit bouleverser l’édition, les auteurs de best-sellers sont en première ligne, non?

J'ai peur que la vente en ligne ne tue les libraires»

Alexandre Jardin, lui, voit des perspectives pour écrire autrement. Il l’a déjà prouvé en se lançant dans un feuilleton numérique avec Orange en 2010, intitulé Fanfan 2 qui donnait une nouvelle vie à son livre Fanfan, quinze ans après. «Le numérique, je ne l’ai jamais envisagé autrement que comme une opportunité et comme une chance pour les écrivains de s’engouffrer dans un univers dominé par de l’écrit. C’est fait pour nous, beaucoup plus que le cinéma d’ailleurs.»
 
Pour Delphine de Vigan, qui connaît un succès grandissant depuis No et Moi en 2007 et dont le récit dédié à sa mère, Rien ne s’oppose à la Nuit (ed JC Lattès) a été la meilleure vente de la rentrée littéraire 2011, le numérique représente un danger pour la distribution: «J’ai peur surtout que la vente en ligne ne tue les libraires. Ils sont un maillon indispensable entre les lecteurs et les auteurs. Un avenir sans libraire est un avenir qui m’inquiète ».

Même inquiétude du côté de Carole Martinez: «Cela fait trop peu de temps que j’écris et vends des livres pour avoir peur! J’ai surtout peur pour les libraires, plus que pour moi, pour l’élan qu’ils donnent aux livres et pour le contre-pouvoir qu’ils représentent et qui est absolument nécessaire. » Carole Martinez est la meilleure «long selleuse» depuis Cœur cousu en 2007. Elle vient à nouveau d’entrer dans le club fermé des meilleures ventes avec Du domaine des murmures (Gallimard), son –seulement- deuxième roman.

C'est bien que ça avance, il ne faut pas refuser le progrès»
 
Le débonnaire et immense Jean Teulé, habitué à parler d’histoire sans assommer son lecteur, auteur d’un insolent Charly 9 (Julliard), est philosophe: «Je me dis qu’il devait y avoir le même genre de discussion sous Louis XI quand on est passé du parchemin à l’imprimerie. C’est bien que ça avance. Il ne faut pas refuser le progrès. C’est la fin du livre papier et c’est bien normal.» Par certain que son éditeur soit tout à fait aussi serein que lui.

C’est Laure Adler, l’auteure d’une magnifique biographie sur Françoise Giroud (Françoise, Grasset) qui, comme souvent, donne le mot de la fin: «Le numérique est un démultiplicateur de passions et d’invitations à ce voyage qu’est la lecture. J’ai toujours pensé que littérature et numérique étaient complémentaires, et que le numérique pouvait apporter des lecteurs à la littérature. Le numérique est un allumeur de désirs.»