Kirsten Dunst, une reine "lost in Versailles"

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Au sortir de l'adolescence, Marie-Antoinette découvre un monde hostile et codifié, un univers frivole où chacun observe et juge l'autre sans aménité. Mariée à un homme maladroit qui la délaisse, elle est rapidement lassée par les devoirs de représentation qu'on lui impose.
Au sortir de l'adolescence, Marie-Antoinette découvre un monde hostile et codifié, un univers frivole où chacun observe et juge l'autre sans aménité. Mariée à un homme maladroit qui la délaisse, elle est rapidement lassée par les devoirs de représentation qu'on lui impose. — AFP

Sofia Coppola offre à son actrice de Virgin Suicides un rôle aussi poignant que lumineux. Kirsten Dunst est une éblouissante Marie-Antoinette dans cette fresque qui retrace la vie de la souveraine, de son arrivée à Versailles à sa fuite. La comédienne passe de la blondeur fragile à la grâce capricieuse devenant la première « fashion victim » de l’Histoire sur fond de tableaux multicolores et de musique rock. La solitude de cette adolescente de 14 ans face à une cour hostile et un mari indifférent apparaît dès les premières scènes, où elle apprend à se plier à un protocole absurde. Son lever entouré de dames médisantes puis ses repas somptueux mais réfrigérants où des domestiques gourmés, des courtisans malveillants et un mari silencieux la renvoient  son statut d’étrangère,
rappellent l’isolement que subit l’héroïne de Lost in Translation. Versailles et ses dorures – saisi in situ
grâce à une autorisation spéciale – sont tout aussi
glaçants que les néons de Tokyo quand on n’a personne à qui se confier. Sofia Coppola filme la détresse de la reine avec compassion, notamment dans ses rapports avec un souverain qui ne la touchera pas pendant sept ans, la privant de l’héritier que tout le monde lui réclame. La cinéaste saisit avec autant d’acuité la façon dont son héroïne s’étourdit de fêtes aux allures de boîtes de nuit ou ses crises de larmes solitaires. Le destin de cette femme aux nombreuses extravagances enfantines et aux rares plaisirs d’adulte bouleverse d’autant plus qu’on le sait inéluctable. Sofia Coppola choisit de ne montrer ni le procès ni l’exécution, symbolisée par une scène remarquable où Marie-Antoinette présente sa tête à la foule en furie. Cette retenue dans le dénouement d’un film foisonnant laisse le spectateur avec le coeur aussi serré que la reine faisant ses adieux à un château bientôt dévasté, avant de marcher vers
l’échafaud.

Caroline Vié