«Babel» en thèmes universels

©2006 20 minutes

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Absent de Cannes parce que sa famille « attend l'arrivée imminente d'un nouveau membre », Brad Pitt s'est excusé par e-mail, non sans avoir adressé ses « encouragements » et sa « fierté » à l'équipe de Babel. Un film dont on pense, comme lui, le plus grand bien, et dont on ressort retourné comme une crêpe après avoir passé 2 h 20 parmi les plus intenses que puisse vivre un spectateur.

L'action se déroule simultanément dans trois pays, le Maroc, les Etats-Unis et le Japon, avec des protagonistes différents, mais tous liés à un accident dramatique qui va survenir dans le désert... et qui aura des répercussions dans le monde entier.

Moins fragmenté qu'Amours chiennes ou 21 grammes, les précédents films d'Alejandro Gonzalez Inarritu, Babel entremêle les destins des uns et des autres, au point de les rendre inextricables, mais sans jamais perdre le spectateur dans les fils du récit. Au contraire, on suit ce film comme un thriller, captivé de bout en bout. Toutefois, c'est aussi le fond de l'intrigue qui emporte l'adhésion, avec cette idée d'une tour de Babel moderne que le cinéaste mexicain a érigé « autour de l'incompréhension et des préjugés, responsable de heurts entre maris et femmes, entre adultes et enfants, mais aussi entre pays riches et pauvres, faute de savoir s'écouter ». Rares sont les films capables d'aborder un sujet si vaste à partir d'exemples aussi concrets et universels...

Si l'on demeure dans le contexte cannois, Babel réunit ce qu'on trouve de mieux dans les autres films en compétition : un récit « choral » (Selon Charlie), un discours engagé (Le vent se lève ou Le Caïman), un couple en crise (Les Climats), des armes à feu (Flandres), une critique de la mondialisation (Fast Food Nation)... Peut-être ne manque-t-il qu'un tout petit grain de folie, ce surcroît d'émotion poétique qui devrait, in fine, faire pencher la balance dimanche en faveur de Volver, d'Almodóvar. Qu'importe, Babel ferait dans ce cas, à n'en pas douter, un très grand prix du jury.

Stéphane Leblanc