Le roi blanc de la musique africaine

©2006 20 minutes

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« Je ne suis pas un griot car je ne suis pas né comme tel. Je suis un artiste. » Pour Salif Keita, star malienne de la musique africaine, la naissance est tout autant une bénédiction qu'une malédiction. « Je viens d'une famille d'aristocrates mandingues. Nous n'avions par conséquent pas le droit d'être musiciens. J'ai eu beaucoup de problèmes avec mes parents à cause de ça. » Avant de pouvoir jouer sa musique librement, Salif Keita a construit sa carrière à la force de sa détermination. Porteur d'un nom de roi, et par conséquent enfermé dans une caste, Salif est aussi né albinos. Une malédiction en Afrique, où une croyance populaire imagine que les albinos « sont des sorciers hébergeant plusieurs personnes sous leur peau ». Ce handicap physique lui interdit également de travailler au champ, sous le soleil. Salif s'est ainsi vite retrouvé dans la rue, grattant sa guitare pour passer le temps et gagner sa vie. « C'était mon seul moyen de survie. J'ai donc expliqué à ma famille qu'il était plus noble de me laisser être musicien que délinquant. » Aujourd'hui, Salif approche les 50 ans, dont trente-cinq passés une guitare à la main. Et son combat pour la reconnaissance est achevé. « Au Mali, je suis considéré comme le noble qui chante. Et mes origines comme ma couleur de peau font partie de mon succès. » Musicalement, Salif doit ses disques d'or à des rythmes traditionnels melenke mâtinés de rock, de funk et de salsa. Cet autodidacte a appris la musique en jouant avec Carlos Santana ou Joe Zawinul, devenant le pionnier de l'afro-pop. Sur scène, entouré de dix choristes et musiciens, le charismatique chanteur joue de sa voix baroque et surpuissante. La voix d'un prince.

Adeline Lajoinie

Ce soir à l'Olympia, Paris 9e.

M'Bemba, le dernier album de Salif Keita, marque un vrai retour aux sources. Enregistré dans son studio de Bamako, construit avec l'aide de l'Unesco, ce disque est 100 % acoustique, dansant et saturé d'instruments traditionnels comme le camelé n'goni, le balafon, la calebasse ou la kora.