Gustave Kerven ou comment écrire en état d'ivresse

LIVRES Gustave Kervern sort «Petits moments d'ivresse», un livre d'entretiens intimes avec des artistes de tous bords. Il donne à «20Minutes» une leçon d'interview-confession…

Propos recueillis par Benjamin Chapon

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Gustave Kerven lors du 63e Festival de Cannes, en 2012.
Gustave Kerven lors du 63e Festival de Cannes, en 2012. — ALIX WILLIAM/SIPA

Avoir un angle. Je leur ai demandé de me raconter leur première cuite. C’est un sujet tabou mais les gens ont été étrangement favorables à la démarche. Le rapport à l’ivresse est un point d’entrée dans la vie familiale. Il y a des alcooliques dans toutes les familles. Ça ramène les gens à leur enfance, leur adolescence. L’ivresse réveille le côté hors-norme des gens, leurs failles, leurs travers… Ça me passionne tout ça. Ces entretiens sont des biographies à travers le prisme œnologique.

Mettre l’interlocuteur en confiance. Je suis un timide. Finalement, en me voyant rougir, les gens se sentaient rassurés. Et puis j’ai cette image du Grolandais, le bon gars sympa qui ne vient pas chercher des scoops scabreux.

Etre soi-même en confiance. C’était un exercice nouveau pour moi. J’ai commencé par Gérard Depardieu, que je connais assez bien. Bon, c’est pas un exploit de lui faire parler de picole mais ça m’a mis en confiance pour la suite.

Bien se préparer. J’arrivais à chaque fois avec une quarantaine de questions et une bonne connaissance de la vie de mon interlocuteur. Même si ça ne sert à rien, c’est une question de conscience professionnelle. Marjane Satrapi, je savais tout d’elle.

Eviter le copinage. Bien sûr, j’ai interrogé les membres de la confrérie Groland, comme Benoît Poelvoorde et Yolande Moreau, mais je voulais aussi des artistes que je ne connais pas personnellement. Je voulais des femmes, des jeunes… J’étais content qu’Amélie Nothomb, Bénabar ou Benjamin Biolay acceptent. Sara Forestier aussi, même si elle ne boit pas…

Aller plus loin. Je ne voulais pas compiler des anecdotes, même si certaines sont très marrantes. Je voulais aussi aborder l’histoire des arts à travers l’ivresse et les grands buveurs. Dans le livre, on parle de Dali, d’André Breton, de Cassavetes…

Travailler en duo. On s’est partagé les entretiens avec mon épouse, Stéphanie Pillonca. Elle a plutôt fait les femmes, au début. C’était vraiment un travail en duo, très artisanal. Heureusement qu’elle était là parce que c’était une souffrance pour un timide comme moi de faire ces interviews.