Lana Del Rey, l'avatar pop

benjamin Chapon

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La vraie Lana Del Rey (ci-dessus) et trois des nombreuses parodies vidéo que son clip de « Video Games » a suscitées sur Internet depuis six mois.
La vraie Lana Del Rey (ci-dessus) et trois des nombreuses parodies vidéo que son clip de « Video Games » a suscitées sur Internet depuis six mois. — vimeo/tom pecinkafacebook.com/DieJUNGSVONYTMONTE LE SON / FRANCE 4N. NODLAND

Adulée, détestée, parodiée… Artistiquement, Lana Del Rey n'a que quelques mois de vie et est déjà une vraie icône. Le site musical américain Pitchfork remarque que son album Born to Die a engrangé la plus grande amplitude de notes depuis la création du système de compilations des critiques internationales. Le Guardian, par exemple, a publié deux articles. L'un donne la note la plus basse possible à Born to Die, l'autre la plus élevée.
râce à un solide sens du marketing et des vidéos inédites régulièrement mises sur Internet, Lana Del Rey a aussi été l'artiste la plus citée sur le Web depuis le début de l'année, et son album le plus commenté de tous les temps avant même sa sortie…

Judas de la pop indé
Et parmi ces centaines de milliers de commentaires, une bonne part sont incroyablement violents et insultants à l'égard de la jeune femme de 25 ans. Face à cet emballement de haine, Lana Del Rey fait mine de rester stoïque, mais ne peux pas s'empêcher de lire tous les articles qui la concernent. « Je ne sais pas pourquoi je fais ça… Heureusement, il y en a quand même des positifs… » Au lendemain matin de son passage, très décrié, au « Grand Journal » de Canal +, elle nous racontait : « Je vais à toutes ces interviews avec l'espoir de pouvoir parler de ma musique. Mais on me pose toujours les mêmes questions sur l'authenticité de ma démarche et de mes lèvres… C'est un peu lassant, mais c'est comme ça. » Lassant en effet cette volonté de prouver qu'Elizabeth Grant – son vrai nom – est une insupportable usurpatrice.Pour Kitty Empire, du Guardian, « personne ne la défend ouvertement parce que toute la blogosphère musicale est contre elle. Mais dans le fond, chacun sait que ce “Lana bashing” [dénigrement] est grotesquement violent. Certains fans de la première heure se sont sentis trahis parce qu'ils croyaient avoir fait une découverte merveilleuse il y a quelques mois, et que la mystérieuse chanteuse indé s'est transformée en star « mainstream ». Eux pensent qu'il y a eu tromperie. Il y a seulement eu incompréhension. »

Leave Lana alone!
« Cet album est parfait, se justifie Lana Del Rey avec une maladroite vanité. Enfin, il est parfait pour moi, il me va comme une robe idéale, taillée sur mon corps. » La plupart des critiques portent justement sur le travestissement d'une artiste qui a changé d'identité, de look et de style musical ces dernières années. Et essaye de cacher ce passé. « D'où je viens importe peu, car ma vie est banale, mais ma musique ne l'est pas », explique la chanteuse. Le fumeux concept d'honnêteté ou d'authenticité artistique est une farce. La pop est un art du travestissement, du fantasme. Lana Del Rey incarne une somme incroyable de canons et de références, parfois contradictoires. Comme une icône.

Du vintage, mais pas celui qu'on pensait

Avec son look de pin-up des années 1950, on attendait un album de pop ensoleillée. Mais Lana Del Rey, ado au milieu des années 1990, goûte plutôt les productions hip-hop côte ouest, l'épuisant rock floridien et la nonchalance grunge. Au milieu d'instrumentations et d'arrangements emphatiques nagent la voix de Lana et ses subtiles mélodies pop.