Marta Gili du musée du Jeu de Paume: «Diane Arbus ne donne pas de réponse, elle étoffe les questions»

PHOTOGRAPHIE L'exposition «Diane Arbus» au musée du Jeu de Paume à Paris, a dépassé les 190.000 visiteurs, un record depuis que le musée installé dans les Tuileries est dédié à la photographie et à l'image. 20 Minutes a interrogé la commissaire de l'exposition et directrice du musée, sur les raisons de ce succès...

Charlotte Pudlowski

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Deux photos de l'exposition Diane Arbus au Jeu de Paume. A gauche: «Jeune homme en bigoudis chez lui, Vingtième Rue, N.Y.C. 1966». A droite, «Enfant avec une grenade en plastique dans Central Park, New York 1962»
Deux photos de l'exposition Diane Arbus au Jeu de Paume. A gauche: «Jeune homme en bigoudis chez lui, Vingtième Rue, N.Y.C. 1966». A droite, «Enfant avec une grenade en plastique dans Central Park, New York 1962» — DR.

Il n'y avait jamais eu de rétrospective sur Diane Arbus en France: pensez-vous qu’il y avait une attente particulière de la part des amateurs de photographie?
J’en suis persuadée. Diane Arbus a beaucoup marqué l’histoire de la photographie, mais aussi des artistes non photographes, car elle a influencé le regard, les portraits, la subjectivité. Elle avait une manière très singulière d’apporter des connotations sociales ou politiques à ses sujets. Mais elle n’avait jamais été montrée dans toute sa splendeur en France.

La fréquentation de l’exposition Diane Arbus dépasse celle d’autres consacrées à Richard Avedon, Martin Parr ou Cindy Shermann. Pensez-vous qu’Arbus est une photographe particulièrement accessible?
Je ne crois pas beaucoup à l’idée de photographes accessibles ou non. Il y a des artistes beaucoup plus conceptuels que d’autres, mais ceux qui ne le sont pas peuvent être aussi profonds, avec plusieurs niveaux d’interprétation. Diane Arbus met beaucoup de choses dans ses portraits, il y a différentes lectures possibles et le spectateur peut choisir.

On peut simplement s’amuser des portraits de jumeaux, de travestis… Ou voir l’anticonformisme, lé réflexion sur la différence…
Dans chacun des portraits réalisés par Diane Arbus, il y a ce questionnement universel sur l’identité. Mais elle ne donne pas de réponse, elle étoffe les questions. On n’a pas une seule identité et on cherche des parts de nous-mêmes dans ses portraits. Diane Arbus savait regarder les gens d’une manière invisible à d’autres et parfois invisible aux sujets eux-mêmes. Je suis persuadée qu’elle avait une empathie immense.

Certaines photographies, qui montrent des personnes handicapées notamment, sont assez éprouvantes mais ça ne freine manifestement pas le public…
Diane Arbus a eu des problèmes à l’époque, ça dérangeait vraiment. Mais on s’est rattrapés sur les questions de l’apparence, sur la beauté, sur ce qu’il faut montrer et ce à quoi il faut ressembler. Mais surtout, Arbus montre des gens en train de s’amuser, de se promener, de jouer. Ils sont handicapés mais se présentent à eux-mêmes sans souci. Et c’est ça qui est touchant.

Grâce au succès de l'exposition et pour faciliter la tâche aux retardataires qui ne l'auraient pas encore vue, le Jeu de Paume étend ses horaires d'ouverture et fera des nocturnes jusqu'à 21h tous les soirs jusqu'à la fin de l'exposition, le 5 février