Gaspar Noé : «Le plus dur pour un film, c'est son montage financier»

©2006 20 minutes

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Gaspar Noé

Réalisateur.

Qu'avez-vous ressenti quand on vous a demandé d'être le parrain de la Semaine ?

Cela m'a fait drôle parce que ce genre d'honneur est souvent réservé à des personnes plus âgées. Je n'ai que deux longs métrages à mon actif et n'ai que 42 ans. Avant moi, il y a eu des pointures comme Bertolucci ou Iosseliani. Ils ont dû vouloir rajeunir les effectifs.

Quel souvenir gardez-vous du passage de Carne en 1991, lors de votre première sélection à la Semaine de la critique ?

Il y avait beaucoup de vieilles dames à la projection. Elles étaient là pour voir La Vie des morts d'Arnaud Desplechin. Quand elles ont vu le cheval se faire dépecer au début de mon film, elles ont quitté la salle, écoeurées, sans même voir celui de Desplechin. Il y en a même une qui est montée sur scène pour m'insulter pendant le débat. Si bien que j'ai fini par aller griller une cigarette dehors, moi qui ne fume pas !

Qu'est-ce qui vous est arrivé de plus drôle à Cannes ?

Mon anecdote favorite est celle d'un gars qui m'a raconté s'être tapé une serveuse sublime en se faisant passer pour moi ! Il s'est vite tiré le matin avant qu'elle ne découvre qu'il avait menti ! Mon seul regret est de ne pas avoir vu à quoi ressemblait la fille car je trouve plutôt marrant que mon nom ait suffi pour la séduire.

Avez-vous vécu des fêtes délirantes ?

Des lendemains de fête surtout. Je me souviens d'un voyage Cannes-Paris dans un petit avion piloté par Albert Dupontel. Six heures dans une mobylette volante qui faisait beaucoup de bruit. J'avais trop bu et pas du tout dormi. J'ai passé mon temps à me demander ce que je faisais là, tout en essayant de ne pas vomir sur Albert.

Des conseils pour les jeunes réalisateurs de la Semaine ?

Se lâcher ! Il arrive qu'on fasse des films pour gagner de l'argent ou pour payer son loyer, mais ce sont toujours les chercheurs qui gagnent.

Que pensez-vous de Destricted, dans lequel figure votre court métrage We Fuck Alone ?

Je suis très fier d'avoir participé à cette anthologie de films X où la seule contrainte était que nos films soient visuellement explicites. Il est rare de bénéficier d'une telle liberté d'expression. Le programme ressemble d'ailleurs plus à du cinéma expérimental qu'à un porno.

Vous présentez aussi Sida, un des courts métrages de 8, en sélection officielle...

We Fuck Alone est une expérience sensorielle assez extrême. Je comprendrais très bien que des gens ressentent une impression de nausée tant je les agresse physiquement. Mais Sida est nettement plus sérieux et minimaliste. Ce sont deux aspects de ma personnalité, un peu comme un champ contre-champ...

Que vous réserve l'après-Cannes ?

J'espère pouvoir enfin concrétiser un projet au Japon. J'ai cru avoir le feu vert, mais il vient de passer à l'orange ! En fait, le plus usant, ce n'est pas le tournage d'un film, c'est son montage financier. Je vais aussi parler de cet aspect moins reluisant du processus cinématographique à mes « filleuls » de la Semaine de la critique en leur conseillant de tenir bon pour défendre leurs idées.

Recueilli par C. V.