Une héroïne au pays des pulsions

Karine Papillaud

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Claire Castillon écrit dans la collection « Ceci n'est pas un fait divers ».
Claire Castillon écrit dans la collection « Ceci n'est pas un fait divers ». — GINIES / SIPA

Son truc à elle, c'est son chien. Et quand son père l'attache à la boule de traction de sa voiture et fait un tour à toute berzingue pour le faire taire, quelque chose en elle s'ébrèche. Elle récupère son animal, la peau et une patte en moins, et surtout avec des « cloches » dans sa tête d'enfant qui la rendent mauvaise et qui font que Les Merveilles (Grasset), ce nouveau roman de Claire Castillon, finira très mal.
Pour son onzième livre, publié dans la nouvelle collection de Grasset « Ceci n'est pas un fait divers », l'écrivain s'inspire d'une histoire anonyme. Le parcours d'une jeune femme, qui, au lieu de faire des ménages comme elle le raconte à son mari, se prostitue. Et finit par tuer son souteneur pour protéger son secret.

Une langue ample, gouailleuse

et incroyablement mélodieuse
Curieusement, c'est l'enfance du personnage qui l'a conduite au fait divers. « J'ai commencé à écrire l'histoire d'Evelyne, plus précisément, son enfance et le drame qui la meurtrit. J'ai bien senti que la voix était là, puissante je crois, avec le chien coincé à l'intérieur d'Evelyne. Il aboyait dedans. Ensuite, je lui ai trouvé un fait divers pouvant lui convenir. » Depuis son premier livre, Le Grenier, publié en 2000 , on connaissait le style de Claire Castillon, violent, sourd, d'une musicalité grondante, âpre à fouiller jusqu'au fond de l'âme et des angoisses. Mais on est giflé par une langue ample, gouailleuse, incroyablement mélodieuse et présente qui soulève le style et porte le roman à son aboutissement. Claire Castillon nous ferait-elle le coup du fameux tournant de carrière ? Peut-être. Ce qui est certain, c'est que l'écrivain est sur son chemin, et c'est le bon.

Question de genre

Le fait divers serait-il l'antidote à l'autofiction ? Dans tous les cas, il est une porte de sortie à explorer pour le roman français, selon Jérôme Béglé qui a créé la collection « Ceci n'est pas un fait divers » chez Grasset en 2006. « Un fait divers a, par définition, des personnages, un début, une fin, et une dimension universelle qui manquent souvent aux romans français qui sont par ailleurs admirables sur le plan stylistique », soutient l'éditeur. La tendance est peut-être plus simplement au retour à l'histoire, comme le faisait le grand roman du  XIXe siècle.