L'obscur discours de la méthode Godard

©2006 20 minutes

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Attention : travaux ! Ce n'est pas précisé à l'entrée, mais c'est la première impression que donne(nt) le(s) « Voyage(s) en utopie » de Jean-Luc Godard, expo inaugurée hier au Centre Pompidou. Câbles suspendus entre des écrans à peine fixés aux murs, échafaudages renversés, plantes vertes regroupées au milieu d'une pièce dont le parquet n'a pas fini d'être posé... Le visiteur déambulait dans la pénombre à la recherche, sinon de la vérité, du moins d'un semblant de cohérence. « Au moins, chacun peut se faire son jugement », tentait de justifier le service de presse devant l'absence de mode d'emploi. Un jugement critique, et sévère, c'est assurément ce qu'a cherché à provoquer le cinéaste. Car à quoi bon, par exemple, consacrer toute la salle baptisée « Aujourd'hui » à des images de retransmissions sportives, de séries télé, de spots publicitaires et de films pornos ? Une manière, triviale et assez dépassée, de dénoncer la vulgarité du monde actuel. Et que penser du panneau en bois où sont exhibées, de gauche à droite, une croix gammée, une croix de Malte, des crucifix et une étoile de David, sinon que Godard risque gros au petit jeu de l'amalgame. De temps à autre, le cinéaste retrouve heureusement son sens de l'à-propos, comme lorsqu'il accroche deux téléphones portables à des bonshommes en fil de fer avec cette anecdote écrite à la main sur le mur : « Vers 1900, Monet invite Degas à venir voir le téléphone que l'on vient de lui installer. “Je vois, dit Degas : on vous sonne et vous y allez.” » Tout est dit. Il n'y a rien d'autre à entendre.

Stéphane Leblanc

Au Centre Pompidou jusqu'au 14 août.

Vrai-faux passeport (2006), film inédit présenté dans le cadre de l'expo, confronte images de cinéma et d'actualité pour interroger notre capacité à voir et à appréhender (plus qu'à comprendre) le monde. Le film fait un clin d'oeil au DVD avec ses bonus... et ses malus, que le cinéaste décerne comme autant de « citations à comparaître avant jugement ».