Guy Bedos: «Pour la dernière, je vais pleurer»

HUMOUR Guy Bedos se confie à «20 Minutes», alors qu'il vient d'entamer sa tournée d'adieu...

Propos recueillis par Stéphane Leblanc

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Guy Bedos à Nice, le 17 juin 2011.
Guy Bedos à Nice, le 17 juin 2011. — BEBERT BRUNO/SIPA

Cinquante ans de carrière, le bon moment pour baisser le rideau. C’est ce qu’il dit, mais Guy Bedos le pense-t-il vraiment?

Votre spectacle s’intitule Rideau! Allez-vous nous faire le coup de Johnny ou d’Aznavour?

Aznavour m’a dit: «Méfie-toi, ça fait dix ans que je fais mes adieux.» Je ne promets rien, mais je suis sincère. A 77 ans, je ne fais peut-être pas mon âge, mais mon âge me défait. Je veux prendre le temps de vivre, d’écrire, voyager...

Quels sketchs pour vos adieux?

C’est un spectacle, pas une suite de sketch, avec des passerelles entre des textes peu connus et des clins d’œil à l’actualité. Je retrouve les fiches cuisine de mes revues de presse. Ce n’est pas un meeting, mais ça y ressemble. Je milite pour un certain changement dans notre pays. Il y a des gens que je zapperais volontiers, comme notre président.

Vous en parlez en quels termes?

Je parle d’un bébé qui refuse de naître, parce qu’il n’est pas fier de son père présumé. Vous savez, j’ai été approché par Sarkozy. C’est quelqu’un de malin, mais ça se voit trop. Or faire le malin, avec moi, ce n’est pas malin. Mais le pire, c’est Guéant. Hortefeux, à côté, c’est Che Guevara ! Je vous rassure : je taquine aussi des gens de gauche.

Chez les humoristes, qui sont vos héritiers?

Je ne me reconnais pas trop dans la jeune génération. Certains me font l’honneur de se réclamer de moi. C’est gentil, mais il y a des demandes de parrainages qui frôlent le plagiat. Je préfère l’originalité d’un François-Xavier Demaison, qui a son univers à lui. En fait, mon héritier direct, le seul, c’est Coluche. Au début, il ne voulait pas entendre parler de politique dans ses sketches. Et puis il s’y est mis. Il m’appelait papa.

Et votre fils Nicolas? Qu’avez vous pensé de son incartade avec une étudiante sur Arte?

J’étais en tournée, mais j’ai vu la séquence sur YouTube. Moi, je n’ai jamais parlé à une femme sur ce ton. C’est son langage. Mais on voit aussi que la fille est ravie. En fait, c’est un flirt moderne.

Rien à voir avec votre hommage aux yeux bleus piscine d’Anne Sainclair en 1996?

En effet! Elle l’avait bien pris, mais elle a de l’humour.

Elle l’a prouvé dernièrement...

J’en parle dans le spectacle. Je remonte dans l’histoire des présidents, des hommes qui aimait les femmes pour la plupart. On avait fini par s’habituer. Au delà de l’horreur du scénario, on peut dire que Strauss-Kahn n’a pas eu de chance.

Quand vous avez débuté, on pouvait être censuré, mais le politiquement correct n’existait pas…

Le politiquement correct, je déteste cette expression. La censure, en revanche, je l’ai toujours croisée. J’étais tricard à la télé sous Giscard. Mais Drucker m’a soutenu et je l’ai défendu à son tour quand la gauche lui reprochait d’inviter Le Luron…

Et à l’heure d’Internet?

J’ai commencé à l’époque du 22 à Asnières, alors Internet… j’ai un peu de mal. J’en reconnais les avantages. Mais les inconvénients ne m’ont pas échappé. N’importe qui peut dire n’importe quoi, et ça suscite des vocations de lettres anonymes.

Depuis quelques années, vous terminez votre spectacle par votre mort…

Oui, et je me moque même de la mort des spectateurs… et ils en rient à leur tour. Parler de la mort des gens, c’est amusant quand ils sont vivants. Les amis notamment. Dans mon coffret DVD, Desproges fait ma nécrologie et c’est très drôle. J’ai sa photo dans mon bureau. Il fait partie de mes deuils...

Vous terminez votre tournée en mai?

Oui, après les élections, je reviendrai commenter les résultats. Et pour la dernière, le 20 mai, je crois que je vais pleurer.

Quelques dates

Du 22 décembre au 14 janvier au Rond-Point (Paris), le 21 janvier à Montpellier, le 24 à Lyon, le 1er février à Lille, le 14 à Marseille, le 15 à Nice, le 3 mars à Toulouse, le 17 à Strasbourg, le 28 à Nantes, le 29 à Rennes, et retour au Rond-Point du 9 au 20 mai.

En vidéo Bedos, la vie est une comédie italienne, en coffret 3 ou 10 DVD (Universal).