Le retour des éléphants de la world

©2006 20 minutes

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On croyait les Touré Kunda disparus ou à la retraite. Ils sont pourtant toujours très actifs et le prouvent en écumant avec succès les salles françaises. Les deux frères sénégalais Ismaël et Sixu s'étonnent eux-mêmes de cette disparition annoncée. « Il y a eu un grand creux dans notre carrière », explique Ismaël, l'aîné, « Qui est au courant que nous avons fait douze albums ? Personne. Ces dix dernières années, nous avons existé mais la communication n'est pas passée. » Ismaël, issu de la grande famille « éléphant » (traduction de Touré Kunda en langue mandinké) et fondateur du groupe en 1977, en profite pour ironiser : « Nous sommes un peu des scorpions. Tant qu'on ne nous a pas jetés au feu, nous ne sommes pas morts. » Sur scène, l'absence des Touré Kunda leur a plutôt réussi. Le public connaît tous leurs titres par coeur et leur premier concert français, il y a quinze jours à Nantes, s'est transformé en karaoké géant. Ces stars de la musique world dans les années 1980 doivent leur succès à un éclectisme accessible. Originaires de Casamance, ils se sont imprégnés d'une culture africaine mais aussi portugaise, française et anglaise. « Notre inspiration doit beaucoup au colonialisme. Nous y avons puisé le positif et avons laissé le reste aux colonisateurs. » Multiculturels, les frères Touré chantent en diola, wolof et mandinké sur des compositions mélangeant allègrement rock, funk et musique djambaadong, apprise aux futurs circoncis mandingues lors d'un rite d'initiation. Sur scène, ils appliquent cette même volonté d'hétérogénéité. Leurs sept musiciens viennent des quatre coins de l'Afrique, apportant chacun des sonorités nouvelles. L'énergie positive transmise en concert par le groupe n'en est qu'accentuée. « Même si nous parlons souvent de la misère du peuple africain, de la guerre en Casamance, il est important de le faire avec un sourire dans la voix et du soleil dans les yeux. »

Adeline Lajoinie

21 h au New Morning (Paris 10e), le 10 à Strasbourg, le 19 à Bordeaux, le 27 à Marseille.