Ainsi parla Béjart dans « Zarathoustra »

©2006 20 minutes

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Comme une machine à remonter le temps, Zarathoustra, que le Béjart Ballet Lausanne donne à partir de ce soir et jusqu'au 6 mai au Palais des sports (Paris 15e), ramène à ces grandes fresques que le chorégraphe proposait dans cette même enceinte au cours des années 1970. On retrouve pour cette évocation nietzschéenne, le mélange de textes d'auteurs et d'une danse servie par de grands ensembles. Le philosophe, qui a beaucoup influencé Béjart, est incarné, petites lunettes comprises, par le danseur Gil Roman. En dix séquences juxtaposées, il évoque Zarathoustra, lequel apparaît sous ses trois formes – homme, aigle et serpent – et dans des costumes en stretch délicieusement kitsch. On passe de Venise aux vaches suisses, de la musique iranienne à Richard Wagner, dans un joyeux désordre qui est assez fidèle à l'aspect éclaté de la pensée de Nietzsche. Mais le spectacle véhicule aussi le « savoir plaire » du vieux maître, avec son mélange de générosité naïve et de candeur cultivée. Les spécialistes traqueront l'autocitation, Béjart ayant truffé sa pièce de références à des ballets où il traitait déjà de Nietzsche, les autres se laisseront aller à cette « grand-messe » séduisante. Symbolique et généreuse, la pièce rappelle Nijinski, clown de Dieu (1971) ou Molière imaginaire (1976). L'idéal, pour être raccord, serait de ressortir ses « pattes d'ef » et d'agiter le briquet à la fin du show, pour peu que l'on se laisse aller...

Philippe Verrièle