Charlotte Gainsbourg: «Je crois au plaisir dans la douleur»

MUSIQUE Après deux ans de tournée entre les Etats-Unis et le Japon avec un passage en Europe, Charlotte Gainsbourg sort un double album, Stage Whisper, composé de titres en live et de huit inédits...

Benjamin Chapon
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Charlotte Gainsbourg
Charlotte Gainsbourg — Jean-Baptiste Mondino

Cette tournée a-t-elle été intense?
Oui et non. Je ne voulais pas laisser tomber les films pour lesquels je m’étais engagé, notamment celui de Lars Von Trier. Donc on n’a pas fait une tournée non-stop. Sur un an, j’ai fait deux gros breaks de plusieurs mois. Et puis, j’ai toujours eu du mal à me faire un planning sur six mois…

 Une tournée, c’est un peu de concerts et beaucoup de trajets. Vous avez eu le temps de vous ennuyer?
J’avais trop d’appréhension pour m’ennuyer. Peut-être parce que c’était ma première tournée… Mais non, je ne crois pas. Je pense que je serai toujours nerveuse.

Mais vous vous êtes amusée quand même?
Pas vraiment. J’idéalisai un peu cette tournée. Je m’imaginai visiter la France, ses musées, tout ça. Mais je n’ai eu le temps de rien, j’étais beaucoup repliée sur moi-même. Les musiciens, eux, se sont bien amusés. Moi, je ne faisais pas partie de la clique.

Vous n’avez vraiment pris aucun plaisir?
Si, il y  avait le plaisir du soir. Même si j’avais le trac, l’adrénaline de la scène est quelque chose d’incroyable. Cette excitation de vivre des moments hors du commun, je voudrais la retrouver. Je crois au plaisir dans la douleur et dans le mal être. Du moins dans le fait de le surmonter.

Quel a été le moment le plus fort?
J’avais peur du jugement des Français. Peut-être parce qu’il me connaît depuis longtemps. Je me disais qu’il serait moins dupe. J’avais l’impression d’avoir des preuves à faire. Le soulagement après le concert parisien était un moment très fort. Le premier concert de la tournée, à Coachella, en Californie, était aussi un moment magique.

Vous vous sentiez mieux sur scène qu’en coulisses?
Oui parce que j’étais très mise en avant mais je me protégeais derrière la musique. Je ne danse pas, je ne suis pas bavarde alors j’avais besoin du côté costaud de la musique. Maintenant, j’ai moins peur de qui je suis sur scène. Je pourrai adoucir la musique.

Pour la prochaine tournée?
Le prochaine fois, j’ai envie, si possible, d’y aller plus détendue, plus calme. Même si je n’étais pas déchaînée non plus… Pour cette tournée, du début à la fin, je me suis conditionnée, je me suis brusquée. Monter sur scène, ça ne correspond pas à ma personnalité. Moi, je suis bourrée de doute et on ne fait pas du rock avec des doutes. Mes prochains concerts, je voudrais qu’ils soient plus en adéquation avec ce que je suis.

Avec autre chose que du rock donc?
Je ne vais pas attendre de faire un nouvel album. J’ai rencontré Connan Mockasin qui m’a composé une chanson et avec qui j’ai préparé l’émission La Musicale sur Canal+. Il reprend les chansons que Beck m’avait composé mais à sa sauce, dans un style très délicat, plus proche de que je suis. Pas « douce » mais… Je ne sais pas. Je ne trouve pas l’adjectif.

Vous avez l’impression d’avoir changé dans votre rapport à la scène?
J’ai progressé, il est là le changement. Pour le premier show case à Paris, c’était atroce, un horrible tunnel. Je me demandais pourquoi je m’infligeais ça. Et les gens ont du le ressentir. Depuis, j’ai appris à prendre du plaisir. C’est ça l’important, le plaisir qu’on transmet. J’ai fini par comprendre que les gens qui venaient me voir, on ne les avait pas forcés, qu’ils étaient contents d’être là.