des artistes à fleur de peau

Ingrid Gallou

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En haut : quelques exemples de tatouages tendances et arty. En bas, de gauche à droite : Kitiza, collaboratrice à Rise magazine, Chris Coppola et de Frédéric Claquin, auteurs de Tatooisme.
En haut : quelques exemples de tatouages tendances et arty. En bas, de gauche à droite : Kitiza, collaboratrice à Rise magazine, Chris Coppola et de Frédéric Claquin, auteurs de Tatooisme. — Photos : DAVEE BLOWS / V. WARTNER / 20 MINUTES

Une bouteille de Ricard dans la main et une boîte de cassoulet dans l'autre, Mikaël de Poissy dit puiser son inspiration dans une forme de néoclassicisme, qu'il nomme « ténébrisme caravagesque ». L'expression peut surprendre, mais comme Bugs, natif de Perpignan dont les influences cubistes font merveille à Los Angeles, Mikaël représente la nouvelle génération de tatoueurs, mise en valeur par Chris Coppola et Frédéric Claquin dans leur ouvrage Tatooisme*. Des jeunes nourris par d'innombrables références culturelles, souvent passée par des écoles d'art et dont le travail inspire à son tour les autres secteurs artistiques.
« Avant, raconte Chris Coppola, le monde du tatouage fonctionnait en vase clos, les tatoueurs s'inspirant les uns des autres et travaillant à la planche à partir de croquis prédessinés. » Le Français Tintin, devenu depuis l'une des stars du milieu (il tatoue Jean Paul Gaultier ou Cypress Hill), a été l'un des premiers à développer un style de tatouage hors norme, en le rendant perméable à d'autres formes d'art.

Une liberté et un côté épicurien
En baptisant leur ouvrage Tatooisme, les auteurs ont voulu poser les jalons d'une nouvelle ère dans laquelle le tatouage constitue désormais un mouvement artistique à part entière. Avec ses courants : le old school des bagnards et des marins, le néotribal, le biomécanique (façon robot et futuriste), le custom ou le japonais des années 1980. Puis le new school des années 1990-2000, largement influencé par les arts graphiques : l'avènement du beautiful looser, comme le définit Chris Coppola, issu, comme la grande majorité de la nouvelle génération de tatoueurs, de la culture graff et skateboard. Le dénominateur commun ? « Une grande liberté, une dimension artistique, des loisirs artistiques et créatifs, mais aussi un côté épicurien. « Beaucoup sont arrivés par hasard au tatoo », racontent les auteurs. A la sortie de leur école d'art, certains ne trouvaient pas de travail et ont commencé à vendre leurs dessins à des tatoueurs, avant de réapprendre eux-mêmes à dessiner sur la peau cette fois, en adaptant leur technique aux volumes du corps. D'autres, comme Jee Sayalero, viennent du cinéma d'animation ou ont été largement inspirés par le manga.
Mais dans un milieu désormais mondialisé où évoluent indifféremment artistes, créateurs, publicitaires et tatoueurs, l'influence du tatouage s'est lentement étendue à d'autres univers. A la mode, grâce notamment à Jean Paul Gaultier, qui a été l'un des premiers à intégrer le tatouage dans ses défilés, faisant appel à des mannequins tatoués ou créant des pièces imprimées façon tatouage. A la publicité, aussi, qui reprend régulièrement les codes du tatoo.

Les cochons tatoués de Delvoye
En toute logique, l'art contemporain s'est lui aussi emparé du tatouage ; on se souvient des (vrais) cochons tatoués du plasticien belge Wim Delvoye exposés en 2010 à Nice. Certains tatoueurs se révèlent même être des artistes à part entière, à l'image de l'Américain Jesse Smith, 32 ans et une solide formation artistique en poche, qui tatoue, peint, conçoit des tee-shirts, des toys et a désormais accès aux galeries. En France, le milieu demeure frileux. Mais les auteurs du livre ne désespèrent pas : « Une exposition de tatouages au Grand Palais, ça viendra. » En attendant, les tatoués eux-mêmes se comportent comme des collectionneurs d'art, multipliant sur leur peau les œuvres des tatoueurs et prenant souvent soin des dessins comme autant d'objets précieux.