Aimeriez-vous être une fille?

CULTURE Eve Ensler publie, après les «Monologues du Vagin», «Je suis une créature émotionnelle», aux Editions 10/18. Elle y donne la parole à des jeunes femmes du monde entier, pour qu’elles soient fières d’être femmes...

Charlotte Pudlowski

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Charmiane Bonnet, actrice sud-africain, en train de jouer dans «Je suis une créature émotionelle» d'Eve Ensler, en juillet 2011, à Johannesbourg on Friday.
Charmiane Bonnet, actrice sud-africain, en train de jouer dans «Je suis une créature émotionelle» d'Eve Ensler, en juillet 2011, à Johannesbourg on Friday. — AP Photo/Denis Farrell

En seize ans, Eve Ensler a fait faire au mot vagin le tour du monde. Plutôt facile à Paris ou à New York, soyons honnête. Moins évident dans beaucoup d’autres coins du monde. En publiant ses désormais célébrissimes «Monologues du Vagin», cette Américaine, instigatrice du V day (mouvement activiste contre la violence faite aux femmes), a permis d’exposer au grand public la condition féminine. «Beaucoup de choses ont changé en presque deux décennies, explique Eve Ensler à 20 Minutes. Tous les jours, on voit de nouvelles personnes capables de dire le mot vagin, sans que ce ne soit plus un tabou. Des femmes qui se sentent désormais autorisées à parler de leur sexualité, à ne plus rester dans l’ombre des hommes. Parmi nos activistes de V Day, nombreuses sont celles qui deviennent des leaders… Mais nombreuses sont encore les femmes qui pensent que c’est le rôle de la femme de plaire, donc de se soumettre aux exigences. Tant que ce sera le cas, nous ne serons pas libres. Nous vivons toujours en patriarchie».

Alors Eve Ensler recommence: elle publie de nouveaux monologues, qui se montent sur scène dans le monde entier: Je suis une créature émotionnelle (Editions 10/18). Le recueil de textes s’adresse aux jeunes femmes, aux adolescentes, pour leur apprendre à être ce qu’elles veulent. Ces monologues imaginent les vies de victimes d’excision, de violences conjugales, ou de simples vexations, comme pour autoriser à en parler. Surtout, ces monologues veulent dire à quel point c’est bien d’être une fille.

«J'aime être une fille»

«On voudrait apprendre aux filles d’aujourd’hui à ne pas être trop incandescentes, à rester à leur petite place», juge Eve Ensler. On voudrait leur dire que la seule chose valable c’est d’avoir un pénis. D’où l’ouverture du livre sur cette phrase: «J’aime être une fille».

«Etre une fille est parfois une insulte», rappelle l’auteur. De fait, on entend rarement «t’es qu’un garçon», dans les cours de récréation. Mais «t’es vraiment une fille» est rarement un titre de gloire. «Les garçons craignent parfois qu’on les traite de filles. Cela doit être drôlement puissant, d’être une fille, une femme, pour que cela effraie les gens à ce point».

Eve Ensler estime que quand elles sont enfants, les filles bouillonnent de mille envies et que le monde leur intime de se conformer à l’ordre établi «de mettre de côté leur sexualité et de baisser la voix». Alors sur scène, de Johannesburg à New York, on voit de jeunes femmes réciter les monologues tout haut, à voix fortes. Loin de penser que le théâtre est un art obsolète, et qu’il faudrait désormais véhiculer ses messages via YouTube ou autres, l’auteur estime que «le théâtre est l’art le plus révolutionnaire qui soit. Ca se passe sous vos yeux, au présent. Et évolue en fonction du public». C’est ainsi que le public était «extatique» en Afrique du Sud, et bienveillant à Paris – où la question semble sans doute moins brûlante. «Mais la question de la condition des femmes est mondiale. Elle est donc aussi française».