L'oud, l'or noir des parfumeurs

Nez en orient

Ingrid Gallou

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L'oud se présente sous forme d'essence ou de bois fossilisé.
L'oud se présente sous forme d'essence ou de bois fossilisé. — A. GELEBART / 20 minutes

Son prix en fait l'une des essences les plus onéreuses du monde. La légende voudrait qu'il vaille plus cher que son poids en or. Le mythe entourant l'oud, négocié à 20 000 € le kilo, n'est pas loin de la réalité. Synonyme de luxe et de raffinement, l'essence de bois de oud, issue de la sève d'un arbre d'indonésien infecté par une bactérie, enchante les Orientaux depuis la nuit des temps. Mais son aura a récemment titillé le nez des créateurs, qui ont choisi d'en livrer leur interprétation.

Puissance et sillage
Kilian, Creed, Caron et bien d'autres se sont engouffrés dans le sillage du parfum historique M7 d'YSL, opportunément réédité. Romano Ricci, créateur de Midnight Oud chez Juliette Has a Gun, parle d'un « engouement des marques de niche pour sa rareté », au point de parfois « mettre plus en avant l'ingrédient que la senteur ». Car, rappelle-t-il, « à la base, le oud ne correspond ni à notre parfumerie ni à notre nez ». Lui-même a appris à l'aimer en le travaillant, au point de « développer une admiration pour ses propriétés » : la puissance d'abord, puis un sillage exceptionnel. Néanmoins, le oud que nous connaissons présente peu de points communs avec celui du Moyen-Orient, les parfumeurs s'étant employés à occidentaliser la senteur. Suave, ambrée, vanillée, bien loin du bois de oud que font chauffer les Berbères sur du charbon. Parfumeur depuis quinze ans à Dubaï, Stéphanie de Bruijn observe une inversion du désir. L'oud oriental avait fasciné les Occidentaux. C'est désormais au tour des Orientaux de plébisciter les interprétations européennes, plus florales et fruitées. Selon elle, les Dubaïotes commandent désormais aux parfumeries grassoises de l'oud occidentalisé. Preuve que l'essence millénaire est bel et bien entrée dans le circuit de la mondialisation.

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