«Le moteur d'Yves Montand, c'était l'angoisse»

INTERVIEW Pour commémorer les 20 ans de la mort d'Yves Montand, France 2 diffuse mardi à 20h35 le documentaire «Ivo Livi, dit Yves Montand» réalisé par Patrick Rotman, avec qui «20 Minutes» s'est entretenu...

Propos recueillis par Alice Coffin
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Yves Montand lors d’un tournage de «Cinq colonnes à la une» consacré au chanteur. 
Yves Montand lors d’un tournage de «Cinq colonnes à la une» consacré au chanteur.  — JEAN CLAUDE MALLINJOD/INA/PROD

Les feuilles mortes se ramassent à la pelle, A Paris, Edith Piaf, Simone Signoret et Marilyn Monroe, mais aussi César et Rosalie, Z et L’Aveu ou la Libération, le communisme et la crise, le documentaire de Patrick Rotman raconte en 110 minutes la vie de l’acteur et chanteur Yves Montand, et celle d’une époque.

Yves Montand est mort en 1991. Vous croyez que ceux qui sont nés après le connaissent?
J’espère que ce sera le cas après avoir vu mon film! C’est compliqué d’estimer  quel impact il a eu. C’est vrai qu’on ne l’entend plus beaucoup sur les radios. Mais il a été pendant trois décennies l’un des interprètes les plus importants sur Terre. Tout le monde fredonnait des chansons comme A Bicyclette, donc il est dans la mémoire collective.

Et pour ceux qui le connaissent déjà, qu’apporte votre documentaire?
J’ai écrit une biographie sur Montand, et ai donc passé pas mal de temps à discuter avec lui. De toutes ces conversations  je crois avoir pigé quelques petites choses sur ce personnage beaucoup plus complexe que l’image qu’il donnait. Il a été au sommet de la chanson, au sommet du cinéma, une star mondiale, mais son moteur c’était l’angoisse. C’était cette inquiétude permanente qui le rendait attachant. Plus que le personnage, parfois irritant, dont il avait l’apparence.

Pourquoi avoir choisi d’insérer beaucoup d’extraits de ses concerts?
Je voulais que ce film soit un spectacle. Montand était une extraordinaire bête de scène. Marilyn Monroe disait qu’il chantait avec son corps. Il a une présence physique incroyable sur scène, et à cet égard, il n’a pas d’héritier.

Pour ceux qui l’ont connu sur le tard, Montand c’était un peu «Le Papet». Là, on le voit surtout hyper engagé!
Il  naît en 1921, l’année de naissance de l’URSS, et il meurt en 1991, quelque temps avant la chute du mur. Voilà. Sa vie est mêlée à l’histoire du XXème siècle. A la libération, le prolo chantant  et plein d’espérance c’est lui! Et puis dans les années 80, tout ce repentir d’avoir cru à des choses tellement fausses, c’est lui encore, dans le film L’Aveu.

A un moment on songe même à lui pour être candidat à l’élection présidentielle
Dans les années 80 il y a un emballement politico-médiatique incroyable. Il est invité aux Dossiers de l’écran, et réuni 10 millions de téléspectateurs! C’est un de ces moments dont la France est friande, d’un seul coup les médias s’enflamment. Lui n’a pas trop compris ce qui lui arrivait.

Le film n’évoque pas certaines polémiques survenues après sa mort, avec une demande de reconnaissance paternelle, ou l’ouvrage de Catherine Allégret?
Ce sont des petites choses minuscules dans la vie de Montand. On a été jusqu’à exhumer son corps, faire une analyse ADN, qui ne peut être contestée et désormais  c’est clos. Pas la peine de rentrer là-dedans. Moi je voulais monter qu’il n’y avait pas eu deux artistes de music-hall comme lui.