Sophie Marinopoulos: «Les femmes ne vont pas se greffer un pénis pour qu'on soit tous égaux»

ESSAI La psychanalyste Sophie Marinopoulos, publie un ouvrage intitulé «Combattre les petites philosophies du pénis, où vont les femmes». Elle explique à 20Minutes pourquoi les femmes - et notamment les féministes – ne doivent pas partir en guerre contre les hommes...

Charlotte Pudlowski

— 

Sophie Marinopoulos, auteur de «Combattre les petites philosophies du pénis»
Sophie Marinopoulos, auteur de «Combattre les petites philosophies du pénis» — John Foley/ Opal

Une «philosophie du pénis», qu’est-ce que c’est?

C’est une philosophie qui consiste à penser que la différence de sexe se situe uniquement sous la ceinture. Et je pense que c’est une philosophie qu’il faut combattre – d’où le titre. La différence entre les sexes n’est pas seulement entre un pénis et un vagin, c’est une différence de langage d’affectivité, un rapport au monde différent. Les hommes et les femmes sont égaux, simplement ils ne se projettent pas de la même façon.

Et il est dangereux de nier ces différences. On ne va pas se greffer un pénis pour être égaux, la différence des sexes ne se situe pas là. La différence existe et plus on essaie d’effacer les différences, moins on les supporte. On devient alors alterophobe. Il faut pouvoir continuer à se parler.

Pourquoi avez-vous éprouvé le besoin de rappeler cela aujourd’hui?

C’est lié à l’affaire DSK. J’avais le sentiment que depuis l’affaire justement, on n’arrivait plus à communiquer, il y avait une guerre des sexes excessive dans le débat public. Plus personne n’arrivait à s’entendre ni à se supporter. Cela a soulevé beaucoup de questions sur la parole féministe. Pour moi, quelque chose frôlait le carton rouge, il ne s’agissait plus pour les féministes de parler pour les femmes, mais contre les hommes.

Vous estimez que les féministes auraient dû ou pu agir différemment dans le débat public?

Les militantes féministes ont une parole très importante mais il ne faut pas être uniquement réactionnel et polémique. Il ne faut pas se contenter d’une parole sur les faits médiatiques, les faits divers. Il y a des sujets de fond qui sont ignorés. Songez à la maternité heureuse. Dans la perception de la mère aujourd’hui dans la société française, il y a quelque chose d’extrêmement régressif. La première semaine de novembre, la façon dont la presse a évoqué la maternité de Carla Bruni, c’était désolant. Les médias ventant la natalité française, exposant même des femmes représentant les femmes françaises avec leurs bébés trophées dans les bras. Ca c’est une attaque de la femme moderne. On ne peut être une bonne femme française que si on a un bébé pour poser? C’est n’importe quoi.

En même temps, l’affaire DSK a au moins permis de libérer la parole féministe, voire des femmes en général et de leur accorder une présence plus grande dans les médias, non?

Oui, mais cela a aussi permis que l’on entende, de la part de quelques hommes, des choses hallucinantes que l’on n’avait pas entendu depuis longtemps – et qui ne sont pas forcément représentatives des hommes français en général. Je crois qu’il est inutile d’être dans une parole violente, parce que cela dessert le féminisme.

Moi j’ai travaillé dans des centres d’IVG, après sa légalisation. Et qui faisait les avortements, et défendaient les femmes? C’était des hommes. On l’oublie parfois aujourd’hui, en mettant les hommes du mauvais côté, et je n’ai pas le sentiment qu’on fasse ainsi avancer le débat en se hurlant dessus.

Comment les féministes auraient-elles dû agir selon vous?

Le féminisme est forcément compliqué parce que c’est un sujet dans lequel il y a de la passion, de la souffrance. Toutes les femmes ont un jour ou l’autre été concernées par un homme qui s’est senti autorisé à utiliser son pouvoir, à leur faire subir un traitement au moins inégal. L’affaire DSK a exacerbé ce que chacune a en soi et n’avait jamais pu dire.

Mais je pense qu’elles auraient pu travailler différemment en mettant beaucoup plus cette affaire-là en interrogation qu’en jugement. Coupable ou pas, il y avait un procès en cours, et c’est la loi collective, la démocratie qui doit primer, pas la loi individuelle. Je pense que les associations féministes auraient dû laisser la loi faire son boulot et lister les problèmes que l’affaire soulevait. Je crois qu’elles auraient eu plus de forces et auraient été mieux entendues par un certain nombre d’hommes qui se sont sentis attaqués. Là, elles se sont fait entendre haut et fort, mais violemment, et je pense que cela va retomber comme un soufflet.

>> Affaire DSK, les féministes, déçues, ne laisseront pas tomber le combat contre le viol, à lire ici...