La séparation, un mot très féminin

Charlotte Pudlowski

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Dans Noces rebelles, Kate Winslet se sent vite étouffée dans son mariage.
Dans Noces rebelles, Kate Winslet se sent vite étouffée dans son mariage. — INTERFOTO / SIPA

«Il n'y avait plus de place pour moi dans sa vie. Ou plutôt je n'avais plus ma place. » C'est ce que Pauline a confié au sociologue François de Singly évoquant son compagnon. Et c'est ainsi qu'elle s'en est séparée. Lui aurait sans doute pu se satisfaire de leur relation. Pauline, non : c'est une femme, et la conception que les femmes ont du couple est différente de celle des hommes.

Insupportable médiocrité
Cette différence, Singly l'explique dans Séparée (Armand Colin), un essai passionnant. Les probabilités de divorcer ont doublé entre 1978 et 2008, « et cela est dû aux femmes », précise l'auteur à 20 Minutes. Dans 75 % des cas, ce sont elles qui demandent le divorce. Car elles ne supportent pas la médiocrité dans le mariage et le font désormais savoir. « Les femmes ont besoin d'un amour total, car historiquement et culturellement, elles se sont construites avec la seule reconnaissance du conjoint », explique le sociologue. Les hommes, qui ont pu se construire sur différents niveaux, professionnels ou sociaux, n'ont pas besoin de l'amour total de leur compagne pour se sentir reconnus comme individus pleins et entiers. Les femmes, si. « Elles ont réintroduit l'amour au sein d'une institution qui n'était qu'un outil de reconnaissance sociale et ainsi déstabilisé le couple », pointe François de Singly. Cette déstabilisation inquiète – « les hommes surtout », précise le chercheur. Le mariage est certes devenu plus fragile, mais la société ou les enfants ne le sont pas. « Si une mère restait malgré elle, ce serait un mauvais exemple éducatif. Car c'est dans l'éducation qu'on apprend à dire "je" ».