Alexis Jenni remporte le prix Goncourt

CULTURE Le prix le plus prestigieux de la littérature a été remis ce mercredi à Alexis Jenni...

Charlotte Pudlowski avec Anaëlle Grondin
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Le Goncourt, le plus prestigieux des prix littéraires français, a été attribué mercredi à Alexis Jenni pour son premier roman, "L'art français de la guerre" (Gallimard), fascinante fresque entre Indochine et Algérie qui questionne l'héritage des guerres coloniales.
Le Goncourt, le plus prestigieux des prix littéraires français, a été attribué mercredi à Alexis Jenni pour son premier roman, "L'art français de la guerre" (Gallimard), fascinante fresque entre Indochine et Algérie qui questionne l'héritage des guerres coloniales. — Jean-Philippe Ksiazek afp.com

Ils étaient quatre à se ronger les sangs ce mercredi matin, quatre à attendre la reconnaissance suprême du petit monde littéraire français. Carole Martinez, Alexis Jenni, Sorj Chalandon et Lyonel Trouillot espéraient recevoir le Goncourt ce mercredi à 13h. Et c'est le petit favori, Alexis Jenni (Gallimard), qui remporte finalement le prestigieux prix de littérature pour son premier roman, «L’art français de la guerre».

«Hier j'ai énormément rêvé mais avant je n'osais pas y croire»,  confie-t-il à 20 Minutes. «Je me restreignais, je voulais garder  les pieds sur terre. Mais ma foi c'est fait, je suis fier et  heureux. C'était cinq années de travail. Normalement on se construit  livre après livre, et là tout m'est donné en un clin d'oeil, j'ai un peu  peur de me réveiller», poursuit-il, avant de remercier son éditeur. «Ce  prix est un bonheur exquis. Je voudrais dire que je pourrai faire mieux  la prochaine fois mais je ne vois pas comment».

Encensé par la critique et avec déjà 56.000 exemplaires vendus, «L’art français de la guerre» est une fresque entre Indochine et Algérie, qui interroge l’héritage de vingt ans de guerres coloniales. Recevoir le Goncourt dès son coup d’essai, c’est une chance rare, mais pas inédite: Jonathan Littell avait par exemple eu cet honneur en 2006, avec Les bienveillantes.

Alexis Jenni, «un jeune homme décalé qui a beaucoup d'audace»

L'auteur fait ainsi «une entrée fracassante dans la littérature», selon Bernard Pivot. «Depuis le début, je pense beaucoup de bien de ce titre rebelle qui n'obéit à personne. C'est un étrange roman, une chevauchée des guerres françaises», confie la femme de lettres Edmonde Charles-Roux à 20 Minutes. «Les discussions ont été tendues, mais il a quand même gagné au premier tour», explique-t-elle avant d'ajouter: «Moi-même j'ai eu le Goncourt pour mon premier roman. On en sort différent, on se sent plus fort.» Régis Debray, lui, indique que le livre d'Alexis Jenni «parle de la France de notre héritage avec des personnages dont l'ambiguité est riche, romanesque, et pose la question de ce que nous sommes aujourd'hui. Comment se fait-il que ce professeur de biologie, jeune, audacieux, écrive en 2011 notre héritage colonial? C'est un jeune homme décalé qui a beaucoup d'audace, il dérange, et c'est important de déranger parfois».