Les pixels entrent dans l'art rebelle

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La rencontre entre l'art et les nouvelles technologies suscite étonnement, réflexion et amusement, c'est en substance le message de Mal au pixel. Ce festival des cultures électroniques débute aujourd'hui et pour dix jours dans six centres culturels de Paris et sa région*. Mal au pixel est la traduction littérale de « PixelAche », le nom d'un festival finlandais né il y a quatre ans et qui jette des ponts entre informatique, art, vidéo et recherche scientifique.

Aujourd'hui, la France est enfin prête à accueillir ce genre d'innovations artistiques, où l'ordinateur est un outil de création à part entière. Mathieu Margerin, programmateur du festival et membre de l'association Mains d'Œuvres, à Saint-Ouen (93) explique pourquoi : « Dans les années 1990, la création artistique technologique supposait de gros moyens financiers et humains, des ingénieurs pointus, des développeurs, de gros calculateurs... pour un matériel qui était vite obsolète. Aujourd'hui, les machines sont tout public, plus petites et faciles à décortiquer. Du pop art, on est passé au media art. » Exemples d'applications concrètes lors du festival : on pourra jouer avec son image reproduite dans un téléviseur pour la soirée « Les pixels du désir » à l'espace Confluences (Paris 11e), assister à une discussion entre consoles de jeux sur l'installation Electroscape au siège de l'association Mains d'Œuvre, ou se faire expliquer la notion de logiciels libres, de WebJing ou de VJing au cours de séminaires.

Le tout est saupoudré d'un message politique, nécessaire selon Vincent Guimas, coprogrammateur. « Face au trop-plein d'informatique, on essaie de produire un discours critique sur les technologies en utilisant ses propres outils. Il faut démystifier l'objet informatique, s'en libérer pour créer autour. En France, nous avons longtemps été empêtrés dans des traditions de spectacle vivant, de patrimoine. Les nouvelles technologies ne sont pas aliénantes, c'est un moyen de s'extraire des normes. »

L'artiste présenté ici est donc transversal, à la fois musicien, plasticien, performeur et chercheur scientifique. Tout en restant populaire, comme le souligne Isabelle Arvers, commissaire d'exposition : « La dimension ludique doit être présente. Si c'est seulement expérimental, ça ne touche pas grand monde. »

Adeline Lajoinie

* Tout le programme sur le Web