Festival Pitchfork: «On a eu envie de quelque chose de charnel»

INTERVIEW Chris Kaskie, président du webzine musical Pitchfork, explique à «20Minutes» pourquoi ils ont installé leur festival à Paris...

Propos recueillis par Benjamin Chapon

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Logo du festival de musique Pitchfork.
Logo du festival de musique Pitchfork. — Pitchfork

Comment est venu l’idée d’organiser un festival Pitchfork?
La première fois, en 2005, à Chicago, il s’agissait de faire quelque chose de concret. On travaille toute l’année avec des gens qu’on ne voit jamais, que ce soit les contributeurs du site, les maisons de disques, les agents ou les artistes… En plus, Pitchfork est un magazine virtuel. A un moment, on a eu envie de quelque chose de charnel.

A quelle moment avez-vous eu l’envie de faire cette chose charnelle en France?
A vrai dire, on ne voulait pas ! On trouvait ça trop compliqué de faire venir des artistes en France. Mais on a rencontré l’équipe de l’agence artistique Super ! qui nous a convaincu que c’était possible.

Quelle est la plus grosse différence avec la version américaine du festival?
Il n’y en a pas vraiment. Je trouve l’atmosphère de Paris assez proche de celle de Paris.

Le festival pourrait-il servir de vitrine au site?
Oui, on l’espère. Aux Etats-Unis, comme en France, le site a beaucoup plus d’audience que le festival. Mais l’impact médiatique du festival peut attirer de nouveaux internautes.

L’audience du site en France (150.000 visiteurs uniques par mois) est étonnement forte pour un site spécialisé en anglais. Est-ce pour cela que vous avez choisi la France plutôt que l’Espagne ou l’Angleterre?
Non car notre audience est assez identique à celle de la France dans ces pays. Le choix de la France s’est fait grâce à Super ! qui nous a expliqué que l’Espagne ou l’Angleterre avaient déjà des festivals à la programmation proche de celle de Pitchfork mais qu’il y avait une place à prendre en France.

Les artistes français sont rarement chroniqués sur Pitchfork et absent du festival parisien. Pourquoi?
Je ne sais pas trop. On suit des artistes français comme M83 ou Charlotte Gainsbourg quand ils sortent des albums. Mais ceux-là, par exemple, n’étaient pas libres pour le festival. On ne fait pas de discrimination.

Envisagez-vous de créer une version française de Pitchfork?
Ce serait très couteux et on perdrait un de nos atouts majeurs qui est la réactivité. Le temps de traduire nos infos et elles ont déjà été reprises, en Français, sur des sites comme lesinrocks.fr.

Tout de même, un site en français pourrait accroître l’audience...
Ce n’est pas sûr. Du moins pas de telle sorte que cette hausse d’audience rentabilise le coût de traduction. Les gens qui s’intéressent aux musiques que défend Pitchfork sont des personnes très connectées et donc souvent anglophones. Ils ont l’habitude d’écouter de la musique sur internet parce que les artistes de rock indé sont peu distribués dans les réseaux physiques traditionnels.

Y-a-t-il un snobisme à lire Pitchfork en anglais?
Je ne sais pas. Sans doute. J’ai l’impression que les gens, ici, lisent Pitchfork comme les Américains le lisaient au début, avec le sentiment de faire partie d’une communauté de pensée, d’une espèce d’élite branchée. Mais aujourd’hui, nous traitons de toute la musique, y compris la plus mainstream.