Lana Del Rey, l'ère du méta-buzz

MUSIQUE La chanteuse affole le buzz. Petit historique du buzz...

Benjamin Chapon

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Lana Del Rey, capture d'écran de son clip Blue Jeans
Lana Del Rey, capture d'écran de son clip Blue Jeans — DR.

«Le buzz de l’année vient de cette jeune New Yorkaise de 24 ans que tout Facebook se partage.» Ce n’est pas la presse qui le dit mais la maison de disque de Lana Del Rey, phénomène musicale annoncé de 2012. Entre l’emballement orchestré grâce à une habile campagne de communication via les réseaux sociaux et l’enthousiasme réel de quelques fans de son style sexy-rétro, Lana Del Rey est, de fait, au centre des débats musicaux depuis quelques semaines. Mais les discussions ne portent pas tant sur son clip Blue Jeans, au style faussement bricolé (le prochain, actuellement en préparation, devrait avoir une autre gueule puisque c’est son boyfriend français, Woodkid, déjà responsable de cette merveille, qui s’en charge), sa moue mutine ou ses débuts télévisuels hésitants que sur sa soudaine émergente dans l’ensemble des réseaux sociaux. En gros, adorateurs et détracteurs s’écharpent à coup de «like» et de RT pour savoir si Lana Del Rey mérite autant de place dans les esprits alors qu’elle n’a rien produit, ou presque. Lana Del Rey, c’est du méta-buzz, du buzz à propos du buzz.

Jeune mais pas tant que ça, la chanteuse a connu la grandeur et la décadence du phénomène «buzz», né il y a une décennie et dont elle est l’une des fossoyeuses. Sigler un artiste du terme «buzz» en 2011, ne veut plus rien dire et est devenu franchement ringard. Retour sur les quatre âges du phénomène buzz. 

Ze Buzz

L’alphabet du buzz débute par la fin. En 2001, les artistes branchés avant même d’avoir sorti un disque sont décrits par l’inévitable «Ze». «Ze» groupe pop de l ‘année, «Ze» tube du moment, «Ze» révélation… Parodie franchouillarde du «The» anglais, le «Ze» est le symptôme de l’origine exclusivement anglo-saxone des premiers buzz. Au début du siècle, être branché, c’était savoir lire l’Anglais. Tous les buzzs débarqués en France en 2001 étaient des groupes anglais ou américains déjà repérés par la presse de leurs pays respectifs. Pour anticiper le buzz en 2000, il fallait simplement lire le NME anglais. C’était le temps des débuts des Strokes.

MyBuzz

Outil d’auto-promotion préféré des artistes, parce que gratuit et pratique, dans les premières années 2000, MySpace est aujourd’hui complètement ringardisé. N’empêche, quelques producteurs anglais y ont fait leurs emplettes pendant quelques temps pour dénicher, par exemple, les phénomènes Arctic Monkeys et Lily Allen. C’était le temps où on évoluait le buzz au nombre de «merci pour l’ajout» qui garnissait les pages MySpace des groupes.

L’über-buzz

Les quelques succès commerciaux nés de cette nouvelle façon, pour les maisons de disques, de dénicher des talents , conjugués aux prémisses de la crise du disque vont faire naître toute une génération de groupes «buzzés» et aussitôt oubliés. La presse est complice de cette effervescence un peu vaine, soucieuse de na pas se faire ringardisée par les blogs spécialisés, hyper réactifs, comme Pitchfork, elle donne une grand place médiatique à des groupes ou artistes avant même que ceux-ci est sorti le moindre disque. Le groupe de Brooklyn Clap Your Hands Say Yeah a ainsi fait parler de lui toute l’année 2005 avant de donner de premiers concerts décevants. Le groupe a su rebondir à ses débuts surmédiatisés ratés mais de nombreux autres n’ont pas survécu à des buzzs trop gros pour eux. Parallèlement, les majors du disque apprennent à se servir d’Internet pour faire la promotion de leurs artistes et «faire le buzz». La fin du temps de l’innocence.

Par delà le buzz et le mal

A partir de là, le terme buzz a servi à désigner tout et n’importe quoi en musque. Aussi bien de jeunes artistes émergents et excitants comme Sufjan Stevens, que de grosses machines commerciales passée au vernis 2.0. En France, Grégoire, premier chanteur dont l’album est « produit » par les internautes de My Major Company en est le symbole. Mais en 2009, le buzz est définitivement mort avec Susan Boyle, chanteuse « révélée » par un télé-crochet anglais à 48 ans et dont la vidéo a fait plusieurs fois le tour de la planète.

>>Et vous, quels buzzs musicaux vous ont marqué depuis dix ans?