Comment Cléopâtre a séduit Jules - et comment son corset a changé l'Histoire

CULTURE L'historien Michel de Decker raconte dans un livre l'histoire de douze femmes et de leurs corsets. Et comment elles ont changé la face du monde...

Charlotte Pudlowski

— 

Elizabeth Taylor dans «Cléopâtre» de Joseph L. Mankiewicz
Elizabeth Taylor dans «Cléopâtre» de Joseph L. Mankiewicz — DR.

48 avant Jésus-Christ, à Alexandrie. Jules César est assis tranquillement (il vient de faire main basse sur l’Egypte, de quoi être serein) dans son fauteuil, et voilà que débarque un type (Apollodore le Sicilien de son petit nom), avec un tapis sur son épaule. Il le déroule et en sort une femme: Cléopâtre. C’est ce que raconte Michel de Decker dans son ouvrage 12 Corsets qui ont changé l’Histoire. Et il poursuit: «Elle était vêtue d’une jupe serrée à la taille par une large ceinture, soutenue par deux bretelles; ce qui la corsetait et lui relevait les seins qu’elle avait naturellement superbes».

C’était le corset version pré-Jésus, et il tapa dans l’œil de César. Qui tomba amoureux de Cléopâtre etc. Cette histoire est la première de douze, racontée avec chair par l’historien et romancier qui donne ainsi un aperçu du rôle de la séduction dans les jeux de pouvoir, et de l’influence des femmes dans l’Histoire. «C’est essentiel, explique Michel de Decker à 20Minutes. Les femmes sont souvent négligées dans les manuels d’Histoire, mais rien ne s’est fait ni ne se fera sans elles. C’est grâce à Gabrielle d’Estrées que l’Edit de Nantes a été promulgué, et grâce à Madame de Maintenon qu’il a été annulé. L’Histoire du monde aurait été écrite différemment sans elles».

Sexe, guerre et paix

Le parti pris de Michel de Decker est de raconter la grande Histoire par la petite – même s’il estime que «grande ou petite n’ont aucun sens». L’une comme l’autre se sont faites par des histoires de séduction – ou de coucheries. C’est ainsi qu’Agnès Sorel, qui a ouvert la voie à Gabrielle d’Estrées, à la Montespan, ou la Pompadour quant aux amours illicites assumées par les rois, a permis à Charles VII de ne plus être «Charles l’indolent» mais de devenir «le victorieux». «Par amour pour elle, il leva une armée, explique l’historien. Elle le menaçait de le quitter pour le Roi d’Angleterre, il rompit alors la trêve qu’il avait signée avec Henri VI. Et vinrent les campagnes qui aboutirent à la fin effective des ambitions territoriales des Anglais sur la France.

«Les femmes ont été corsetées pendant des siècles, et en même temps qu’on les corsetait on voulait les reléguer au second plan. Mais on ne les a pas empêchées d’avoir un rôle crucial dans l’Histoire», souligne Michel de Decker.